On les savait rivales, Melania et Ivanka Trump seraient les pires ennemies du monde. Une guerre en stilettos qui sévirait derrière les murs de la Maison-Blanche. C'est en tout cas ce qu'affirme Stéphanie Winston Wolkoff dans son ouvrage "Melania and Me" (éd. Simon and Schuster, non traduit). Eclipsé par la sortie de "Rage", le dernier livre du journaliste-vedette Bob Woodward, le témoignage de l'ex-conseillère de la Première Dame n'en mérite pas moins le détour. Il dresse en effet le portrait d'une Melania Trump tenace, qui ne perd jamais de vue ses intérêts... et l'occasion d'améliorer son image. "Appelez-moi Première dame élue" insiste-t-elle ainsi - avant même l'investiture de son mari. Dans les faits, elle ne montrera que peu d'intérêt pour la fonction. "Melania a souvent été critiquée pour sa passivité", confirme Lisa Burns, auteure d'un livre sur les First Ladies.
LIRE AUSSI >> Melania Trump : sur les traces de son enfance slovène
Ivanka ou le coup d'Etat permanent
Mais la politique a horreur du vide. Le livre raconte le coup d'État permanent d'Ivanka, la fille de Donald Trump, pour éclipser la First Lady. La businesswoman, ex-employée de l'empire immobilier paternel, veut sa place au soleil. D'autres enfants présidentiels s'y étaient essayés avant elle, rappelle Lisa Burns : "Margaret Truman a souvent accompagné son père, comme les trois filles de Woodrow Wilson ou les fils Roosevelt. La différence, cette fois, c'est qu'Ivanka a un titre officiel : conseillère du président."

Ivanka Trump et son père, le président Donald Trump, le 7 février 2019 à Washington
© / afp.com/Brendan Smialowski
Et pour celle-ci, il n'y a visiblement pas de place pour deux femmes au sommet. Très vite, l'East Wing, aile Est de la Maison-Blanche traditionnellement réservée à l'épouse du chef de l'État, subit les assauts de l'aile l'Ouest, investie par sa belle-fille. Partout, Ivanka est en embuscade. De la liste des invités du premier événement organisé par Melania jusqu'à la décoration du bureau de la Première Dame : la fille chasse allègrement sur les terres de l'épouse. Une "serial braconnière" décrit même, amère, l'ex-bras droit de Melania, qui en fait les frais et finit par démissionner au début de 2018.
LIRE AUSSI >> Ivanka Trump se voit déjà présidente des Etats-Unis
L'art de la fuite
La botte secrète d'Ivanka ? Des fuites assassines sur Melania, opportunément distillées à la presse par "une source proche de la Maison-Blanche", accuse Stéphanie Winston Wolkoff. Une méthode déjà révélée par d'autres anciens membres de l'administration Trump. Quand, par exemple, le Premier ministre japonais Shinzo Abe vient en visite avec sa femme début 2017, la presse titre : "Madame Abe en solo à Washington". Traduction : Melania n'a pas daigné la recevoir. En réalité, l'épouse japonaise avait juste refusé l'offre de déjeuner de son homologue, pour cause d'agenda surchargé.
Un épisode parmi tant d'autres. Car Ivanka ne manque pas d'ambition et le fait savoir. Moins d'un mois après l'investiture de son père, elle se fait photographier assise au siège présidentiel, dans le bureau ovale. Six mois plus tard, au G20, elle s'installe un instant dans le fauteuil de son Daddy. Pendant quatre ans, Ivanka ne lâche pas son père d'une semelle, elle est de tous les événements, y compris cette rencontre historique avec Kim Jung Un à la ligne de démarcation entre les deux Corées, en juin 2019.
LIRE AUSSI >> Les Trump transforment la convention du parti républicain en show familial
A la convention d'investiture du président pour l'élection de 2020, c'est encore elle qui prend toute la lumière, servie par le concert de louanges paternel. "Elle serait une bien meilleure présidente que Kamala Harris" lance Donald Trump à la tribune, devant un parterre d'invités triés sur le volet. "Ils disent tous 'On veut Ivanka !' et je ne peux pas leur en vouloir" conclut le président, goguenard. À bon entendeur...
