Et s'il surprenait encore le monde entier ? Donné perdant par la majorité des instituts de sondage américains, Donald Trump a-t-il encore une chance de gagner la présidentielle du 3 novembre ? "Le match est loin d'être plié", assure Romain Huret, historien des Etats-Unis. Le système électoral américain et la participation, qui s'annonce historiquement haute, peuvent en effet profiter à Donald Trump.
Trump mobilise mieux son électorat dans les "swing states"
C'est la question cruciale : combien d'Américains voteront ? En 2016, ils étaient 138 millions. Cette année, près de 20 millions d'électeurs ont déjà voté par anticipation - au 16 octobre - selon le décompte du U.S Elections Project, mis au point par l'Université de Floride. Ce chiffre record s'explique par la pandémie de Covid-19 : les électeurs prennent leurs précautions pour éviter les foules en envoyant leur bulletin par la poste ou en se déplaçant à l'avance dans leur bureau de vote, dans les Etats qui l'autorisent.
Difficile d'interpréter cette participation précoce, mais si la tendance se confirme, elle pourrait bénéficier à Donald Trump, grâce aux voix de la classe moyenne blanche. Le parti républicain a mis pour cela les bouchées doubles. Objectif : mobiliser sa base, en misant sur le porte-à-porte dans les swing states, ces États où le vote est, d'une élection à l'autre, toujours indécis. "A ce jeu, les républicains sont meilleurs, ils ont des militants sur le terrain, alors que l'équipe démocrate a privilégié une campagne virtuelle", note Romain Huret.
Résultat, dans plusieurs de ces États, le parti républicain a fait enregistrer deux à trois fois plus de votants sur les listes électorales que son rival. "Sur les six États que Trump a remportés par moins de 5 points en 2016, quatre autorisent les partis à inscrire eux-mêmes des votants sur les listes électorales. Le Grand Old Party y a enrôlé plus d'électeurs qu'il y a quatre ans", observe l'analyste David Wasserman dans un récent article. Conscients du danger, les démocrates ont repris début octobre leur démarchage en chair et en os, notamment en Pennsylvanie.
Le collège électoral favorable aux Républicains
Aux Etats-Unis, un président peut être élu en perdant le vote populaire. C'est arrivé à Donald Trump en 2016, malgré l'avance de 2,7 millions de voix d'Hillary Clinton. La faute au mode de scrutin : indirect. Les Américains votent en fait, dans leur Etat, pour des grands électeurs, 538 au total, qui désignent ensuite le président. Chaque Etat dispose d'un quota d'élus lié au nombre de sénateurs (deux par Etat) et de députés (proportionnel à sa population). Les moins peuplés, souvent conservateurs, bénéficient donc d'un avantage comparatif. Un coup de pouce salutaire en cas de faible écart de voix, car le parti vainqueur, si infime soit sa marge, rafle tous les grands électeurs de son Etat. Si les intentions de vote donnent Biden loin devant, l'écart pourrait en réalité se resserrer... et les sondages se méprendre.
Les sondeurs se trompent-ils ?
Traumatisés par la "surprise Trump" en 2016, les sondeurs ont rectifié leurs modèles pour mieux intégrer les "secret Trump voters", ces sondés qui avaient caché leurs intentions. Plus que ces électeurs trompeurs, c'est aujourd'hui la participation - très difficile à estimer par temps de Covid - qui menace de fausser les chiffres.
La probabilité que Trump gagne ? "Faible, mais loin d'être impossible" conclut Dean Spears, professeur à l'University d'Austin, Texas, auteur d'une étude sur les "inversions" dans les présidentielles américaines - quand le vainqueur du vote populaire perd l'élection. Le site RealClearPolitics compare d'ailleurs la moyenne des estimations d'une dizaine de sondeurs en 2016 à celle d'aujourd'hui. Son résultat incite en effet à la prudence : dans six swing states, les intentions de vote pour Trump s'avèrent meilleures qu'en 2016.
