Evidemment, les Français expatriés aux Etats-Unis, qui ont voté à 90% pour Macron, se réjouissent de sa victoire. Mais ils ne sont pas les seuls. Ces derniers jours, les Américains de tous bords étaient nombreux à s'interroger sur le profil de la candidate du Rassemblement national. Même les électeurs républicains tendance Nixon-Reagan rencontrés par L'Express à Los Angeles et à New York étaient perplexes.
Comment Marine Le Pen a-t-elle pu s'afficher avec Vladimir Poutine voilà cinq ans ? Et comment peut-elle, aujourd'hui, rester ambiguë vis-à-vis de l'Ukraine ? "Completely crazy" (complètement dingue), lâchait par exemple un couple de retraités californiens qui avait voté Trump sans enthousiasme en 2020, résumant ainsi des propos maintes fois entendus. Tout aussi circonspect à l'égard de Le Pen est, à Washington, Jacob Heilbrunn, le rédacteur en chef de The National Interest, une revue conservatrice de politique étrangère fondée par des néoconservateurs et qui s'est distinguée en 1989 pour avoir publié les théories de Francis Fukuyama sur "la fin de l'histoire".
Quelles premières réflexions vous inspirent la réélection d'Emmanuel Macron ?
Sachez tout d'abord que la présidentielle française a été suivie de très près à Washington. La classe politique était terrifiée à la perspective d'une victoire de Marine Le Pen - dont les liens avec la Russie sont connus des démocrates, mais aussi parmi les républicains. Les Etats-Unis s'inquiétaient pour l'avenir de l'Union européenne et de l'Otan si la candidate d'extrême droite avait gagné l'élection. En haut lieu, la victoire d'Emmanuel Macron a donc suscité un immense soulagement, aussitôt suivi d'une intense jubilation.
Le président Joe Biden et son "chief of staff" Ron Klain [NDLR : équivalent du secrétaire général de l'Elysée] regardent aujourd'hui Macron comme un modèle. Sa réélection leur a démontré qu'un candidat du centre peut s'imposer face à des propositions extrêmes comme celle du Rassemblement national. De fait, si Marine Le Pen l'avait emporté, cela aurait été une énorme victoire pour Vladimir Poutine et pour Donald Trump...

Jacob Heilbrunn, rédacteur en chef de la revue géopolitique The National Interest.
© / The National Interest
Qu'attend l'Amérique du second mandat de Macron ?
Que la France adopte une position plus dure vis-à-vis de la Russie et soutienne davantage l'Ukraine. La France doit se montrer comme un partenaire solide dans la guerre qui oppose les démocraties occidentales aux régimes totalitaires.
Quelle est l'image de Macron aux Etats-Unis après cinq ans d'exercice du pouvoir ?
Depuis six mois, sa réputation était un peu bancale [NDLR : en raison de son dialogue soutenu avec Poutine et de sa mise en garde contre une escalade verbale après que Joe Biden a qualifié le maître du Kremlin de "boucher"]. Mais avec sa très nette victoire sur Marine Le Pen, il acquiert l'image d'un "winner" [NDLR : un "gagnant"]. Et l'Amérique aime les "winners" ! Il a obtenu 5 millions de voix d'avance sur sa rivale, ce qui n'est pas une petite réussite.
Aux Etats-Unis, la réputation de Macron va s'améliorer et son influence, grandir. Et cela, au moment où l'image de l'Allemagne est déplorable. Aujourd'hui à Washington, tout le monde déteste la classe politique berlinoise. Ses politiciens sont considérés comme faibles, irrésolus et extrêmement conciliants à l'égard de la Russie. Par contraste, l'aura de Macron peut potentiellement s'accroître dans des proportions vraiment importantes.
