La rentrée coûte cher aux Espagnols. Très cher, même, depuis que le prix de l'électricité a commencé à s'envoler en juillet. Jeudi 2 septembre, le mégawattheure a franchi la barre des 140 euros, record historique. Le mois dernier, la hausse a été de 46 % par rapport à août 2020, portant la facture moyenne d'un foyer aux alentours des 80 à 90 euros par mois. L'une des plus élevées en Europe.
Tous les matins, nombre d'Espagnols scrutent dans les journaux les créneaux horaires durant lesquels le courant sera meilleur marché. Celui-ci est généralement deux fois coûteux entre 21 et 22 heures qu'entre 4 et 5 heures du matin. Résultat, les lave-linge tournent à plein régime la nuit et jusqu'à l'aube. Parmi les causes de cette crise, la hausse du gaz naturel - principale source d'énergie, son prix a quintuplé en un an -- et celle des droits d'émission de CO2: la tonne est passée de 25 à 60 euros. A quoi s'ajoute la température estivalede 32 degrés en moyenne, qui a entraîné un recours massif à la climatisation.
L'envolée du prix des carburants affole les Espagnols
Après un remaniement d'envergure en juillet dernier, le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez tire à hue et à dia. Le parti d'extrême gauche Podemos, son partenaire de coalition, réclame le retour du contrôle des prix du courant. Il appelle aussi à la résurrection d'une entreprise publique d'électricité, près d'un quart de siècle après la privatisation d'Endesa, la compagnie nationale. Autant que pistes que la ministre de la Transition écologique Teresa Ribera juge "contraires aux règles européennes". Cette Madrilène du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) reconnaît que la facture d'électricité augmentera au total "de 25 % cette année". Mais, rappelle-t-elle, en 2020 l'épidémie de Covid-19 avait, à l'inverse, entraîné une importante baisse des prix du courant en raison de l'inactivité économique.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez
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A défaut de traiter rapidement le sujet, l'exécutif propose aux syndicats une nouvelle augmentation du salaire minimum, à 1 000 euros par mois à partir de l'an prochain. Pas sûr que cela suffise à rassurer une population déjà effrayée par l'envolée des prix des carburants. Ils dépassent les niveaux, élevés, d'avant le coronavirus. "Les automobilistes sont de plus en plus regardants et hésitent à faire le plein", soupire le pompiste d'une station Repsol du centre de Barcelone, où le sans-plomb 98 dépasse 1,65 euro le litre.
Tous secteurs confondus, l'inflation espagnole a atteint 3,3 % en août sur un an, un taux qui n'avait pas été observé depuis presque dix ans. "Le grand danger de la période post-Covid, c'est la stagflation du revenu disponible des ménages", estime l'économiste Javier Santacruz Cano. Les Espagnols sont doublement impactés : par le retour de l'inflation et par leur faible capacité à compenser leur perte de pouvoir d'achat, les salaires progressant deux fois moins vite et le chômage restant élevé.
De quoi pénaliser une économie censée rebondir de 6,5 % cette année, selon la prévision du gouvernement. Alors que les soldes d'été ont pris fin le 31 août, les boutiques de déco d'intérieur, fleuron de Barcelone, affiche ce slogan en vitrine : "Faites vos achats maintenant, les prix augmenteront fortement en octobre."
