Ces derniers jours moins agités en Catalogne, contrastant avec une semaine de violences à la suite de la condamnation le 14 octobre de neuf séparatistes, ne sont peut-être qu'une accalmie. Les organisations indépendantistes ANC et Omnium préparent samedi une manifestation contre "la répression de l'État espagnol" et pour la "liberté" des neuf leaders, pour la plupart d'anciens membres du gouvernement régional et jugés pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017.
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Dimanche connaîtra aussi sa manifestation, en présence notamment de l'ancien Premier ministre français Manuel Valls, aujourd'hui conseiller municipal barcelonais : l'organisation Société civile catalane, opposée à l'indépendance de la région autonome du nord-est espagnol, organisera une marche avec pour mot d'ordre "Pour la concorde et pour la Catalogne, [les manifestations des indépendantistes], ça suffit!"
"Nous appelons tous les Catalans à dire stop à ce climat de violence, à la confrontation, à la rupture", a indiqué lors d'une conférence de presse le président de ce collectif, Fernando Sanchez Costa
"Le niveau de violence est inédit en Catalogne"
Le risque d'une reprise des violences ce week-end est-il exagéré ? Non, selon Barbara Loyer, professeure à l'Institut français de géopolitique et spécialiste de l'Espagne, qui répond à L'Express. "A chaque fois, le système espagnol tient le choc, mais le niveau de violence est inédit en Catalogne. Les habitants n'avaient jamais vu cela ici. Certains sont dans une sacralisation du combat indépendantiste."
Depuis le 14 octobre, 289 policiers ont été blessés dans les affrontements avec des manifestants lançant pavés, cocktails Molotov et billes d'acier. Les services d'urgence de Catalogne avaient publié le 22 octobre un communiqué chiffrant à 593 le nombre de blessés qu'ils avaient soignés, dont 226 policiers.
Quatre manifestants ont perdu un oeil, trois d'entre eux sont toujours dans un état grave, selon la directrice du département de la Santé de Catalogne, Alba Verges. Enfin, d'après la porte-parole du gouvernement central, plus de 200 personnes ont été interpellées, 134 adultes et 15 mineurs ont été présentés devant un juge et 31 ont été incarcérés. Des 15 mineurs, 14 ont été laissés en liberté surveillée et un a été placé dans un centre de détention.
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Des chiffres qui permettent de mesurer l'ampleur de la contestation catalane. "D'autant que les leaders politiques ne font pas grand-chose pour que ça ne s'aggrave pas, poursuit Barbara Loyer. Ils sont divisés entre eux. La Crida, par exemple, le parti de Carles Puigdemont [ancien président de la généralité de Catalogne, en exil en Belgique, qui avait prononcé l'indépendance de la région en 2017, ndlr] est nettement plus radical, alors que d'autres mouvements indépendantistes, qui considèrent qu'il faut lever le pied. Beaucoup de nationalistes catalans ne veulent d'ailleurs pas être comparés à l'ETA basque."
Le 10 novembre, de nouvelles législatives
En ligne de mire, pour les élus, une date : le 10 novembre, jour des élections législatives, quatrième scrutin de ce type en quatre ans. "Il peut y avoir une volonté d'attendre cette date. Les indépendantistes ont l'intention de remettre en marche un processus du même acabit qu'en 2017. En attendant, ils utilisent aussi des stratégies dites non-violentes, comme rendre la vie impossible à ceux qui travaillent dans les administrations espagnoles", détaille la professeure de l'Institut français de géopolitique.
Le calme pourrait donc encore durer quelques jours, en dépit des manifestations prévues ce week-end. Mais ensuite ?
Barbara Loyer conclut : "Les indépendantistes ont été frustrés en 2017 et ils se préparaient déjà en amont des condamnations du 14 octobre à mettre le grabuge. Il y a également une grogne qui monte dans les rangs des membres de la police autonome, les Mossos d'Esquadra. Tout le monde ici craint des morts par accident. Il en suffirait d'un pour qu'il y ait une escalade."
