Certains, en France, ont évoqué l'idée, l'Espagne va le faire : instituer un congé menstruel pour permettre aux femmes souffrant de règles douloureuses de s'arrêter de travailler pendant quelques jours chaque mois. Le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez, en coalition avec la gauche radicale d'Unidas Podemos, a adopté mardi 17 mai un avant-projet de loi en ce sens.
Si certains pays d'Asie comme le Japon, la Corée du Sud ou l'Indonésie possèdent depuis longtemps un tel dispositif, de même, en Afrique, que la Zambie, le royaume espagnol confirme être à l'avant-garde en Europe sur de nombreux sujets de société, en dépit du poids moral de l'Eglise : le mariage pour tous est autorisé depuis 2005 et l'an dernier, il a aligné le congé paternité sur le congé maternité (16 semaines) et, surtout, autorisé l'euthanasie.
"Nous ne parlons pas de léger inconfort"
L'Espagne pourrait maintenant être le premier pays du Vieux continent à inscrire dans la loi ce droit "fondamental", selon l'expression de la ministre de l'Egalité, Irene Montero. "C'est la fin d'un tabou", a expliqué celle-ci. L'idée du congé menstruel avait été défendue par Valérie Pécresse et Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle française, et avant cela, par Sandrine Rousseau, candidate malheureuse à la primaire écologiste.
En Espagne, il reviendra au médecin de famille de déterminer le nombre de jours d'incapacité de la patiente. La sécurité sociale prendra en charge le salaire de l'intéressée sur la période considérée, comme pour un arrêt maladie ordinaire. "Nous ne parlons pas de léger inconfort mais de symptômes graves, tels que diarrhées, maux de tête sévères et fièvre", a précisé Angela Rodriquez, secrétaire d'Etat chargée de la lutte contre les violences de genre.
Malgré l'affichage féministe du chef de l'exécutif (âgé de 50 ans) depuis son arrivée au pouvoir en juin 2018, malgré, aussi, la présence d'une majorité de femmes au gouvernement (14 sur 22 ministres, un record mondial), l'adoption du texte n'est pas allée de soi. Certains caciques socialistes, à l'instar de la droite et de l'extrême droite (en hausse dans les sondages), voient en effet dans le futur congé menstruel un risque de nouvelle discrimination à l'embauche, au détriment des femmes.
Bizarrement, et à la grande déception des associations de femmes atteintes de cette maladie, le texte ne mentionne pas l'endométriose, maladie gynécologique chronique de la femme en âge de procréer, qui se caractérise par le développement d'une muqueuse utérine en dehors de l'utérus. En France, Emmanuel Macron en a fait une cause nationale en janvier dernier.
L'avant-projet de loi espagnol comporte par ailleurs plusieurs avancées s'agissant de l'avortement. A l'avenir, le système de santé public devra pratiquer les interruptions volontaires de grossesse dans les mêmes proportions que les cliniques privées, lesquelles réalisent actuellement 84% des IVG dans la péninsule. Pour remédier à ce déséquilibre, les nombreux médecins du public objecteurs de conscience seront plus durement sanctionnés.
En outre, le gouvernement a rétabli la fin du consentement parental pour les jeunes filles âgées de 16 à 18 ans désireuses d'avorter, instaurée par la gauche en 2010 et annulée quatre ans plus tard par la droite. Une manière de mettre le droit en cohérence avec le relèvement, intervenu en 2015, de l'âge minimal du consentement sexuel de 13 à 16 ans.
A l'inverse, alors que l'Espagne est depuis 1988 l'un des pays européens les plus permissifs en matière de procréation médicalement assistée (PMA), elle s'apprête à durcir l'interdiction de la gestation pour autrui (GPA), en envisageant de poursuivre les couples espagnols qui auraient recours à cette pratique à l'étranger. Le progressisme a des limites.
