"Nous avons échoué". Devant un groupe de militants de son parti, Pablo Iglesias n'a pas caché la situation. Après la déroute de la gauche aux élections régionales, mardi à Madrid, le leader controversé du parti de gauche radicale Podemos a annoncé son retrait de la vie politique. Pablo Iglesias a dit avoir l'impression d'être "le bouc émissaire qui mobilise les sentiments les plus obscurs, les plus contraires à la démocratie".

"Je crois qu'il est évident qu'aujourd'hui (...) je ne contribue pas à rassembler", a expliqué Pablo Iglesias, 42 ans, fondateur et jusqu'alors chef de file de Podemos, partenaire du Parti socialiste au sein de la coalition au pouvoir en Espagne. Pour cette raison, a-t-il ajouté, "j'abandonne toutes mes fonctions, je quitte la politique dans le sens de politique partisane, politique institutionnelle", afin de ne pas être "un obstacle à une rénovation de la direction qui doit se produire dans notre force politique". "Quand on cesse d'être utile, il faut savoir se retirer", a également lancé Pablo Iglesias.

La victoire de la droite, une "tragédie" pour Pablo Iglesias

La droite espagnole et sa figure montante, Isabel Díaz Ayuso, ont triomphé mardi aux élections régionales à Madrid. "Un nouveau chapitre dans l'histoire de l'Espagne commence aujourd'hui", a déclaré Isabel Díaz Ayuso, 42 ans, devant le siège de sa formation, le Parti Populaire (PP), dans le centre de la capitale espagnole. Pablo Iglesias a qualifié de "tragédie" le triomphe de la droite conservatrice, qu'il a décrit comme "la droite trumpiste", et le bon score du parti d'extrême droite Vox.

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Le PP, qui dirige la région depuis 26 ans, ne disposant pas de la majorité absolue, il devra s'appuyer sur ce parti d'extrême droite Vox, qui soutenait déjà Isabel Díaz Ayuso depuis deux ans et a indiqué mardi soir qu'elle pouvait compter sur ses voix.

La décision de Pablo Iglesias, qui avait déjà prévu de passer le témoin à la tête de Podemos à la ministre du Travail, Yolanda Díaz, marque la fin d'un chapitre pour la politique espagnole. L'ancien professeur de sciences politiques a voulu révolutionner la gauche, avec pour slogan "Sí se puede" ("Oui, on peut"). Cheveux longs noués en queue-de-cheval ou en chignon, il est l'un des principaux visages de la politique espagnole depuis la création en 2014 de la formation de gauche radicale Podemos, héritière du mouvement des Indignés et des manifestations anti-austérité massives de 2011.

L'entrée dans les Jeunesses communistes dès 14 ans

Entré au gouvernement en janvier 2020 comme deuxième vice-président du gouvernement dirigé par le socialiste Pedro Sánchez, Pablo Iglesias a pris tout le monde de court en mars en démissionnant pour se présenter aux élections régionales à Madrid, dans le but de sauver Podemos d'une déroute dans l'un de ses bastions. Mais il a donc perdu son pari.

La politique a toujours coulé dans les veines de Pablo Iglesias, né à Madrid le 17 octobre 1978 et prénommé ainsi par ses parents en l'honneur d'un autre Pablo Iglesias, fondateur au XIXème siècle du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Fils d'une avocate et d'un inspecteur du travail emprisonné pendant la dictature de Francisco Franco (1939-1975), il rejoint les Jeunesses communistes dès 14 ans. Ce militantisme précoce le conduira à s'intéresser aux mouvements altermondialistes et aux nouvelles formes de socialisme qui émergent en Amérique latine. Au fil d'un parcours universitaire brillant, Pablo Iglesias obtient une licence en droit, un master en communication et un doctorat en sciences politiques. Enseignant à l'université madrilène de La Complutense, il y rencontre ceux qui deviendront l'équipe fondatrice de Podemos.

Pablo Iglesias et ses camarades de Podemos entrent dès 2014 au Parlement européen et mettent fin en 2015 avec les libéraux de Ciudadanos au bipartisme espagnol socialistes/conservateurs. Dénonçant avec fureur l'austérité et la corruption de la "caste" politique et économique, Podemos, dont les députés tranchent dans l'ambiance feutrée des Cortes en raison de leur look, devient alors la troisième force politique espagnole.

Un dirigeant politique qui excelle dans les débats télévisés

Rêvant de dépasser les socialistes pour représenter l'alternative à gauche, Podemos échoue. Mais il finit par s'entendre avec son frère ennemi pour renverser en 2018 le conservateur Mariano Rajoy et former l'an dernier avec les socialistes le premier gouvernement de coalition du pays depuis la fin de la dictature franquiste. Au gouvernement, il avait fait du blocage des loyers ou de l'abrogation d'une réforme du marché du travail des conservateurs ses principaux chevaux de bataille.

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Charismatique, Pablo Iglesias, qui excelle dans les débats télévisés, est depuis le début l'âme de la formation, au point que son visage et sa queue-de-cheval figuraient sur les bulletins de vote des européennes de 2014. Un hyper-leadership qui a rapidement généré des scissions au sein du parti, qu'il dirigeait avec pour bras droit sa compagne, la ministre de l'Egalité Irene Montero. Avec elle, Pablo Iglesias, qui se vantait d'avoir grandi dans le modeste quartier ouvrier de Vallecas à Madrid, a acheté une villa avec piscine de plus de 600 000 euros dans la banlieue de la capitale, où ils vivent avec leurs trois enfants, ce qui a provoqué des remous au sein du parti.

Passionné et sincère pour ses partisans, démagogue pour ses détracteurs, principalement au sein de la droite espagnole, qui critique ses liens avec le Venezuela, il a été longtemps comparé à Alexis Tsipras, leader de la gauche radicale grecque qui a gouverné de 2015 à 2019 en fustigeant l'austérité budgétaire de Bruxelles.