Le Covid, une simple grippe ? Pour les Espagnols, c'est - presque - le cas. Alors que le pic de la vague Omicron a été franchi mi-janvier dans la péninsule ibérique, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez l'affirme : les dégâts causés par le coronavirus ne peuvent plus être considérés comme la conséquence d'une pandémie, mais plutôt d'une maladie endémique parmi d'autres.

On ne compte plus les malades

Déjà, Madrid se prépare à ne plus comptabiliser les patients contaminés par le Sars-CoV-2. A la fin du mois de janvier, le décompte exhaustif des personnes testées positives, des hospitalisations et des décès ne sera plus nécessaire, a en effet laissé entendre la ministre de la Santé, Carolina Darias. Et si, d'ici au mois d'avril, un certain nombre de médecins et d'établissements hospitaliers référents demeureront en veille sur le Sars-CoV-2, dans la perspective des prochaines vagues, c'en sera toutefois fini de la mobilisation générale, dès que l'incidence du virus s'envole.

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Le 12 janvier, l'Agence européenne du médicament avait elle-même pronostiqué "une endémisation" prochaine du coronavirus, même si celui-ci "se comporte toujours comme un virus pandémique". Le terme d'endémisation renvoie à l'idée d'un virus présent de manière permanente dans la population, mais de manière extrêmement prévisible, avec une stabilisation quasi définitive du nombre d'individus infectés en même temps et susceptibles de transmettre la maladie à d'autres.

Seulement 1% de mortalité

Testé localement dans la plus grande discrétion depuis quelques mois déjà, le nouveau dispositif espagnol est prêt à être déclenché simultanément dans les 17 régions autonomes du pays. L'Espagne est le premier pays d'Europe à se projeter aussi vite dans le futur, d'abord parce que son système de santé a été complètement débordé par la vague Omicron et qu'elle ne peut plus vivre durablement en état d'urgence, au risque de rechutes répétées de l'économie, fait valoir le Premier ministre.

Ensuite, parce que les Espagnols sont maintenant presque tous vaccinés : 90,6% des plus de 12 ans ont à ce jour reçu deux doses ; 51,8% des enfants âgés de 5 à 11 ans ont reçu leur première injection ; 68,9% des plus de 40 ans ont même reçu leur troisième dose. Et enfin, parce que le taux de mortalité du Covid-19 est tombé à environ 1%.

Accalmie imminente

Ce revirement stratégique s'explique également par un comportement nouveau du virus sur le terrain. Au fil du temps, les variants de la souche initiale sont certes plus contagieux, mais aussi beaucoup moins dangereux. Contrairement aux vagues précédentes, où le nombre de contaminations ralentissait en premier, faisant ensuite baisser le nombre d'admissions à l'hôpital, puis le nombre de lits mobilisés dans les services de réanimation, c'est l'inverse qui se produit cette fois en Espagne.

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Les premières bonnes nouvelles sont arrivées des unités de soins intensifs, où la part des lits occupés par les patients atteints du Covid-19 reflue depuis le 15 janvier (ils sont actuellement autour de 2200, soit 23% des capacités d'accueil), alors que la propagation du virus restait stabilisée à un haut niveau, autour de 3400 cas pour 100 000 habitants. Ces tout derniers jours, le recensement des tests positifs s'est mis à son tour à ralentir, confirmant avec un décalage de quelques jours la perspective d'une accalmie imminente.

Optimisme prématuré

Si certains pays, comme la France ou l'Allemagne, jugent l'optimisme de l'Espagne prématuré, voire précipité, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies abonde dans le sens de Madrid. "Nous l'avons dit dès le mois d'octobre 2021 : nous encourageons tous les pays d'Europe à passer d'une surveillance d'urgence à des systèmes de surveillance plus durables et axés sur des objectifs. Cette surveillance devrait associer le Covid-19 à la grippe et à d'autres pathogènes respiratoires, sous réserve que les systèmes actuels de surveillance soient renforcés", indiquait lundi 24 janvier l'un de ses porte-parole.

Sans attendre davantage, les mesures de restrictions commencent à être supprimées les unes après les autres. Vendredi dernier, la Catalogne a levé le couvre-feu nocturne instauré avant les fêtes de fin d'année. Dans le nord, la Cantabrie vient de mettre fin à l'obligation de présenter le passe sanitaire au restaurant. Dans la région de Madrid, on envisage de réduire à sept jours la durée d'isolement des malades du Covid-19, et même à quatre jours si ces derniers sont asymptomatiques.