On aurait pu croire que l'assaut brutal de la Russie sur l'Ukraine la ferait vaciller, en mettant au jour ses contradictions, immenses, en matière de politique étrangère. Comment confier les clefs de l'Elysée à une candidate qui déclarait encore en 2017 son "admiration" pour Vladimir Poutine, alors que les libertés ne cessaient de reculer en Russie ? La même affirmait à l'époque qu'il n'y avait "pas eu d'invasion de la Crimée", trois ans plus tôt. Et, en février dernier, récidivait en illustrant un tract de campagne avec une photo d'elle posant fièrement aux côtés du dictateur russe pour prouver sa "stature internationale".
L'affaire semblait pliée : le jour du premier tour, le 10 avril, 78% des Français déclaraient que la guerre en Ukraine jouerait un rôle "déterminant" ou "important" dans leur vote, selon un sondage Ifop. Mais Marine Le Pen n'en a visiblement pas souffert. Car dans le même temps, ce conflit arrivait loin derrière le pouvoir d'achat, parmi les priorités des électeurs.
Paratonnerre
En réalité, on l'a vu, c'est Eric Zemmour qui, dans le camp de l'extrême droite, a payé les pots cassés, avec ses déclarations prorusses ou fracassantes - la Russie "n'envahira pas l'Ukraine" -, pendant la campagne. La cheffe du Rassemblement national (RN) l'a laissé jouer les paratonnerres et, après avoir condamné l'invasion, a même essayé de retourner le conflit ukrainien contre son rival, Emmanuel Macron.
"Elle a mis en avant les conséquences des sanctions vis-à-vis de la Russie sur le pouvoir d'achat des Français, souligne Tara Varma, directrice du bureau parisien de l'European Council on Foreign Relations (ECFR). Et a anticipé qu'il allait y avoir, en Europe, un découplage entre le soutien très fort envers la population ukrainienne et l'inquiétude concernant les effets économiques de la guerre au quotidien."
Mais en continuant à affirmer haut et fort qu'elle entend bâtir une "alliance" avec la Russie, la candidate a montré - à qui l'aurait oublié - son vrai visage. Elle présidente, l'Elysée serait alignée sur le Kremlin de Poutine et son rêve d'affaiblir l'Union européenne et l'Occident. Isolée, décrédibilisée, la France en paierait le prix sur le plan économique. Et le pouvoir d'achat, si souvent brandi en étendard, en pâtirait à coup sûr.
