Il y a comme un goût amer, ce dimanche soir, pour les militants Reconquête. Comme un air de déjà-vu, aussi. Un mois et demi après le premier tour de la présidentielle, l'élection diffère mais le résultat est le même. Éric Zemmour a échoué à se qualifier au second tour, dans la 4e circonscription du Var, là où il avait pourtant réalisé un de ses meilleurs scores au mois d'avril. Devancé par la députée sortante Sereine Mauborgne (Ensemble, 28,51%), et le candidat RN Philippe Lottiaux (24,74%), l'ancien polémiste essuie une nouvelle défaite avec 23,19%, et son parti naissant réalise moins de 4% pour ce premier tour des élections législatives. "C'est exactement le score que j'avais prédit il y a plusieurs mois !", se réjouit par SMS un cadre du Rassemblement national.
Tout était prêt pourtant, pour fêter la victoire tant désirée, qui aurait permis de laver quelque peu l'affront du dernier mois. Rue nationale, au restaurant le "Chez nous", on avait disposé des bouteilles de rosé et des amuse-bouches. En fin d'après-midi, les militants affluent par poignées. Certains ont conservé quelques goodies de la campagne présidentielle et arborent un tee-shirt "Zemmour 2022", souvenir d'une époque révolue. Dans le fond du restaurant, un soutien, encarté Les Républicains et cousin éloigné du Maréchal Pétain, espère voir son champion réussir. "Eric Zemmour a raison ! Le Maréchal Pétain a sauvé des juifs français", assure Philippe, 76 ans. Pascal et Isabelle, anciens frontistes désormais adhérents Reconquête, saluent la campagne "de proximité" menée par Eric Zemmour. Bien sûr, ils sont déçus par le résultat de la présidentielle. "Tout le monde a cru que ça allait se faire beaucoup plus vite, mais il y a une histoire à écrire", veulent-ils encore croire.
Aucun candidat Reconquête qualifié
19h30. Dans l'assemblée, un homme crie : "Hip hip hip, hourra !" "Ça y est, il est qualifié ?!" réagit une sexagénaire, les yeux brillants. Mais non, les résultats affluent, et ils sont de moins en moins bons. Petit à petit, les premières estimations commencent à tomber. Les regards se croisent, inquiets, les visages s'affaissent, déçus. "C'est pas possible", réagissent les militants. "C'est truqué !", assure-t-on dans l'auditoire. Eric Zemmour fait durer le suspense, et recule l'heure de sa prise de parole. A 21h, il apparaît finalement, et fend la foule, les yeux brillants. Il succède à Marc-Etienne Lansade, maire de Cogolin et suppléant du candidat d'extrême-droite, qui demande aux militants de remonter le moral de leur chef. "Les résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes", reconnaît Eric Zemmour devant son public. Et pour cause : aucun candidat Reconquête n'a réussi à se qualifier pour le second tour des élections législatives. Guillaume Peltier, Stanislas Rigault, Damien Rieu, Sébastien Pillard... Toutes les têtes d'affiche du parti se sont fait balayer, et tout espoir de voir un représentant de Reconquête à l'Assemblée nationale s'est effondré.
"Mais nous venons de poser un drapeau dans chaque circonscription de France, c'est un soir très important pour Reconquête, désormais présent partout en France", assure Eric Zemmour d'une voix blanche, appelant à "continuer le combat". "Allez ! C'est fini !", lâche un militant, claquant dans ses mains avant de tourner le dos à la soirée pour rentrer chez lui. Loin des caméras, les lieutenants du candidat déçus analysent la défaite par "la force de l'étiquette", qui "primerait toujours sur la personnalité individuelle". Dans les rangs zemmouristes, on assure que ce nouvel échec n'entachera pas l'avenir "prometteur" du parti. Déjà, on regarde vers les élections européennes, qui n'auront lieu que dans deux ans. Les militants restants acquiescent, sans panache. Une Marseillaise tente de se lancer. Il faut s'y prendre à plusieurs reprises, les dernières notes arrivent finalement à vivoter, jusqu'à ce qu'Eric Zemmour quitte la scène. Avec ses proches, il s'isole dans l'arrière-salle du "Chez nous". Un comité politique se tiendra en début de semaine, pour évoquer la suite. Rue nationale, quelques militants, chemises ouvertes et peaux brunies par le soleil, continuent de vider les bouteilles de rosé fournies, qui flottent dans les bacs. "On n'est pas élus, mais au moins, on aura bien rigolé !", s'esclaffe l'un deux en vidant son verre. La gueule de bois, demain, risque d'être sévère.
