Etait-ce une réunion comme une autre ou le début d'autre chose, d'une "grande purge" pour reprendre les mots d'un des participants ? Mardi 28 juin, le Parti socialiste a rassemblé comme chaque semaine son bureau national, l'organe de direction de l'appareil. Le genre de réunions où se décide à la fois tout et souvent rien. Cette fois-ci, la direction n'a pas fait dans la dentelle et a décidé de suspendre 79 dissidents socialistes qui avaient refusé de rejoindre l'alliance à gauche et s'étaient présentés candidats contre la Nupes.
La liste des suspensions, tombée dans les mains de L'Express, recense 58 candidats aux législatives et 21 de leurs suppléants. Aucune fédération n'est épargnée : les quatre dissidents de l'Hérault soutenus par le maire de Montpellier Michaël Delafosse, les quatre de la Sarthe pour qui Stéphane Le Foll avait pris fait et cause, ou encore Laurent Panifous, "poulain" de Carole Delga dans l'Ariège. On y retrouve aussi Frédéric Cuvillier, l'ancien ministre des Transports de François Hollande, candidat suppléant de Mireille Hingrez-Cereda dans la 5e circonscription du Pas-de-Calais.
Commission d'enquête interne
Leur sort est désormais entre les mains de la Commission nationale des conflits (CNC) qui devra dans les prochains mois entendre chacun avant de décider ou non de leur exclusion définitive du parti. Problème, la CNC n'est plus vraiment fonctionnelle depuis la démission de son président, Laurent Azoulay, fin avril, lui aussi en désaccord avec la coalition avec LFI. Le PS doit donc la reconstituer avant de démarrer les auditions des accusés.
Mais Olivier Faure et les siens ne veulent pas s'arrêter en si bon chemin et comptent, en outre, lancer une commission d'enquête interne afin de vérifier si l'argent du parti et de ses fédérations a financé les campagnes des dissidents. Dans leur viseur, Michaël Weber, le patron de la fédération de Moselle. "Ce monsieur, qui nous fait des leçons en socialisme, n'a pas donné un centime à la campagne d'Anne Hidalgo et a financé la campagne des dissidents", fustige un proche d'Olivier Faure. L'occasion de tordre le bras aux fédérations qui ne se seraient pas engagés pleinement pour la Nupes et, d'aventure, d'en couper les têtes.
Cette commission d'investigation a une mission non assumée, pour ne pas dire cachée : clarifier le rôle de plusieurs opposants à Olivier Faure, à commencer par Carole Delga, la présidente PS d'Occitanie aux ambitions présidentielles, sans oublier Stéphane Le Foll et même François Hollande. La direction du PS cherche à savoir si ces derniers ont poussé des candidats à faire dissidence ou s'ils ont fait pression sur les fédérations, avec les moyens de ces dernières, pour faire campagne contre les socialistes investis par la Nupes. "La direction veut se renforcer en faisant une grande épuration", déplore le socialiste Patrick Mennucci, qui l'assure : "Nous allons préparer une motion pour le congrès. Nous voulons prendre la direction du parti et nous abandonnerons toutes les poursuites internes engagées contre les socialistes suspendus."
"C'est une clarification"
Epuration, purge... Autant d'accusations que balaie la direction du PS, d'un revers de main. "Ce n'est pas le grand procès mais ce n'est pas non plus le grand pardon", justifie un proche de Faure, qui prend l'exemple de Laurent Suau, maire socialiste de Mende, candidat Ensemble ! en Lozère qui se réclamait du soutien d'Emmanuel Macron tout autant que de Carole Delga. "Je ne crois pas qu'il soit encore socialiste, n'est-ce pas ?" Et le même d'ajouter : "Ce n'est pas un règlement de comptes à O.K. Corral mais une clarification. S'il devait y avoir une dissolution, on ne peut pas imaginer que le PS reparte en ordre dispersé comme ce fut le cas pendant les législatives."
Olivier Faure avait annoncé la couleur, fin avril. "Les statuts du Parti socialiste sont très clairs : s'il y a des candidats en dissidence, ils seront exclus du Parti socialiste. Il doit y avoir un message clair : nous voulons le rassemblement, et nous le faisons dans toutes les circonscriptions du pays", affirmait-il, juste après la signature de l'accord avec Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis. Une manière pour lui de donner un grand coup de pied dans ce qui reste de la fourmilière de ses opposants internes à quelques moins du congrès du parti.
Interrogé par L'Express, le premier secrétaire du PS reste droit dans ses bottes : "si on fait un accord tout en disant que les dissidents sont dans leur bon droit, que vaut la parole du parti ? Je ne veux pas la déprécier." "Il ne fait pas le ménage, il nettoie les écuries d'Augias. Un grand coup de balai ! Il veut être tranquille pour son congrès", s'agace un sénateur PS qui cite Pierre Mauroy : "Si tous les dégoûtés s'en vont, alors il ne reste plus que les dégoûtants."
