Les rapports entre Manuel Valls et Jean-Marc Ayrault ne semblent pas s'être pacifiés avec le temps. À en croire des propos rapportés par Le Canard enchaîné ce mercredi, l'actuel ministre des Affaires étrangères aurait violemment taclé son Premier ministre, en glissant une référence au brûlot de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un président ne devrait pas dire ça..., dans lequel François Hollande qualifiait Jean-Marc Ayrault -d'une manière que certains ont jugée réductrice- de "très loyal".
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Une bonne occasion pour l'ancien Premier ministre de se comparer à son successeur, dont les récents coups de boutoir contre François Hollande ont failli dégénérer en crise institutionnelle majeure. "Il vaut mieux pour le président de la République un Premier ministre 'trop loyal', qui rassemble la majorité de gauche et écolo à l'Assemblée, qu'un Premier ministre déloyal qui divise et veut mettre le président de la République dehors", aurait déclaré mardi un Jean-Marc Ayrault acerbe devant des députés de la majorité.
Protocole 'inversé'
Selon la Constitution de la Ve République, les Affaires étrangères et la Défense sont des domaines réservés du chef de l'Etat. Cette particularité court-circuite Matignon et permet aux ministres concernés d'avoir un accès direct à l'Elysée. Cela explique, en partie, le peu de pincettes qu'aurait pris Jean-Marc Ayrault face à certains parlementaires socialistes. Le locataire du Quai d'Orsay entretient un rapport quasi exclusif avec le président de la République et, de fait, peut s'autoriser une loyauté moins formelle à l'égard du chef du gouvernement.
Les exemples de cet ordre protocolaire 'inversé' sont multiples, qu'il s'agisse du mépris de Dominique de Villepin pour Jean-Pierre Raffarin sous Jacques Chirac, ou du très mitterrandien Roland Dumas exécrant Michel Rocard.
Rivaux de toujours
Au-delà de cet aspect, les relations entre Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls n'ont jamais été très bonnes. Représentant deux sensibilités divergentes du socialisme, l'une plus sociale-démocrate, l'autre plus libérale et sécuritaire, les deux hommes se sont souvent affrontés. Ministre de l'Intérieur de Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls a régulièrement fustigé, en privé, l'indécision et le manque de charisme de l'hôte de Matignon.
Dès la fin 2013, l'ancien député-maire d'Evry s'est acharné à déboulonner son rival, allant jusqu'à forger une alliance des contraires avec Benoît Hamon et Arnaud Montebourg pour parvenir à ses fins, à l'issue des municipales de mars 2014. Une déroute électorale qui avait permis à l'ancien directeur de campagne de François Hollande de s'imposer comme recours et de s'installer à Matignon.
