Deux mois après avoir voté pour élire - réélire dans le cas présent - leur président, les Français sont de nouveau appelés aux urnes, dimanche 12 juin, pour désigner leurs 577 députés. À l'occasion du premier tour des élections législatives est attendue, selon les sondages, une abstention un niveau record (52 ou 53%, contre 51,3% en 2017). Ces élections s'annoncent toutefois inédites, notamment pour la gauche, qui est parvenue à une union historique de quatre partis - la France insoumise, le Parti communiste, le Parti socialiste et les Ecologistes - sous la bannière de la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes). Mais des dissidences socialistes risquent de créer des divisions dans plusieurs circonscriptions.
C'est également un nouveau test pour la République en marche, rebaptisée Renaissance, et ses députés de la majorité qui étaient, pour beaucoup, issus de la société civile en 2017. Plusieurs ministres jouent leur place, comme Gérald Darmanin, Damien Abad et même la cheffe du gouvernement, Elisabeth Borne.
A l'extrême droite, la bataille sera également féroce entre le parti de Marine Le Pen, le Rassemblement national (RN), et son rival Reconquête, mené par Eric Zemmour. Plusieurs circonscriptions seront le théâtre d'un duel fratricide entre ces deux formations qui défendent peu ou prou les mêmes convictions.
Pour visualiser la carte, cliquez ici
Des duels Nupes contre Ensemble ! à l'étranger
Les citoyens français vivant à l'étranger ont voté avec une semaine d'avance au premier tour des législatives. Dans 10 circonscriptions sur 11, les candidats investis par la Nupes se sont qualifiés au second tour face aux candidats de Ensemble !. Ils sont arrivés en tête dans deux de ces circonscriptions (la 5e et la 9e).
- 1ere circonscription (Amérique du Nord) : Roland Lescures (Ensemble !) VS Florence Roger (Nupes)
- 2e circonscription (Amérique latine) : Éléonore Caroit (Ensemble !) VS Christian Rodriguez (Nupes)
- 3e circonscription (Europe du Nord) : Alexandre Holroyd (Ensemble !) VS Charlotte Minvielle (Nupes)
- 4e circonscription (Benelux) : Pieyre-Alexandre Anglade (Ensemble !) VS Cécilia Gondard (Nupes)
- 5e circonscription (Péninsule ibérique et Monaco) : Renaud Le Berre (Nupes) VS Stéphane Vojetta (dissident LREM)
- 6e circonscription (Suisse et Liechtenstein) : Marc Ferracci (Ensemble !) VS Magali Mangin (Nupes)
- 7e circonscription (Europe de l'Est) : Frédéric Petit (Ensemble !) VS Asma Rharmaoui-Claquin (Nupes)
- 8e circonscription (Pourtour méditerranéen) : Meyer Habib (UDI-LR) VS Deborah Abisror-de Lieme (Ensemble !)
- 9e circonscription (Maghreb et Afrique de l'Ouest) : Karim Ben Cheikh (Nupes) VS Elisabeth Moreno (Ensemble !)
- 10e circonscription (Moyen-Orient et Afrique) : Amélia Lakrafi (Ensemble !) VS Chantal Moussa (Nupes)
- 11e circonscription (Europe orientale, Asie, Océanie) : Anne Genetet (Ensemble !) VS Dominique Vidal (Nupes)
Des ministres attendus au tournant
Ils devront gagner pour rester. Les ministres du gouvernement d'Elisabeth Borne jouent gros. Emmanuel Macron les a prévenus : ils devront emporter leur siège de député pour pouvoir conserver leur poste de ministre. Et c'est aussi valable pour la cheffe du gouvernement, qui se présente dans la 6e circonscription du Calvados, "le berceau de sa famille". A quatre jours du premier tour, l'ancienne ministre du Travail semble sur la bonne voie pour l'emporter : selon l'AFP, elle est créditée de 58% des voix, contre 42% pour le candidat soutenu par la Nupes, Noé Gauchard.
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin ne devrait pas non plus avoir de grandes difficultés à retrouver son mandat de député dans la 10e circonscription du Nord (où avait démissionné en 2016). C'est un territoire qu'il connaît bien puisqu'il a été le maire de Tourcoing de 2014 à 2020. Le récent fiasco du Stade de France pourrait néanmoins lui coûter quelques suffrages.
Seule prise de la macronie chez LR après la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle, Damien Abad part sans étiquette pour conquérir la 5e circonscription de l'Ain. Le ministre des Solidarités, accusé de violences sexuelles, a choisi de mener une campagne discrète. Soutenu en 2017 par Les Républicains, il avait été élu largement avec 67%.
Nombreuses dissidences à gauche
L'alliance historique des différents partis de gauche devrait assurer un bon nombre de sièges de députés à la Nupes. Toutefois, plusieurs élus et responsables du Parti socialiste n'ont pas vu d'un bon oeil cette union avec le parti de Jean-Luc Mélenchon. Ainsi, certains candidats ont préféré se maintenir face au candidat investi par la Nupes, au risque de se partager les voix.
C'est notamment le cas dans trois circonscriptions de Dordogne, deux de Seine-Maritime ou encore deux circonscriptions de l'Hérault. Dans ce département, les candidats dissidents socialistes sont soutenus par Carole Delga, présidente du Conseil régional d'Occitanie. Cependant, le socialiste Philippe Salasc, maire d'Aniane, qui devait affronter l'insoumis Sébastien Rome dans la 4e circonscription de l'Hérault, a finalement décidé de se retirer "pour ne pas créer plus de confusion", a-t-il expliqué au Midi Libre début mai.
Des duels à l'extrême droite
Il n'y a pas seulement à gauche que les désaccords entre candidats risquent de diviser l'électorat. A l'extrême droite, le parti d'Eric Zemmour, Reconquête !, et celui de Marine Le Pen, le Rassemblement national, vont s'affronter dans des duels fratricides dans plusieurs circonscriptions.
Les anciens LR Guillaume Peltier (Reconquête !) et Roger Chudeau (RN et ancien soutien de François Fillon) sont face-à-face dans la 2e circonscription du Loir-et-Cher. Le candidat déçu de la présidentielle, Eric Zemmour, devra quant à lui convaincre les électeurs face au candidat soutenu par le parti mariniste Philippe Lottiaux dans la 4e circonscription du Var.
Dans la 4e circonscription du Gard, un schéma peu commun s'offre aux électeurs d'extrême droite : un des premiers soutiens d'Eric Zemmour, Pierre Meurin, est candidat du RN face Aurélie Wagner, ex-RN qui se présente sous les couleurs de Reconquête !.
