Le temps passe et, jour après jour, le constat devient implacable : la gauche partira divisée, morcelée, émiettée lors des élections européennes. Après Ian Brossat pour le Parti communiste, Manon Aubry pour la France insoumise et Yannick Jadot pour Europe Ecologie Les Verts, c'est au tour de Benoît Hamon de lancer très officiellement sa campagne. Il en sera la tête de liste.
Ce mercredi, dans le 10e arrondissement de Paris, l'ancien candidat à l'élection présidentielle a dévoilé les trente premiers noms de sa liste pour le scrutin du 26 mai prochain. Ou plutôt des candidats à sa liste, puisque les adhérents du mouvement auront le dernier mot et valideront sa composition finale. Parmi eux, deux députés sortants, Guillaume Balas et Isabelle Thomas, des proches de l'ancien socialiste. Mais aussi des personnes issues de la société civile, dont Françoise Sivignon, ancienne présidente de Médecins du Monde France ou Salah Amokrane, initiateur de la liste Motivé-e-s lors des municipales de 2001.
"Hamon a fait une prise de judo"
Oubliés, les espoirs d'union de la gauche. Il y a à peine plus de quinze jours, Hamon proposait officiellement à toutes les forces de gauche le principe d'une votation citoyenne, censée offrir aux électeurs la possibilité de choisir une liste unique à toute la gauche. "Ce n'est déjà pas seulement une liste Génération.s, tempère-t-il en rappelant la présence de personnalités non encartées. Peut-on aller au-delà ? Etre le plus rassemblés possible est désirable, mais ce que je peux vous dire, c'est que nous irons au bout."
La votation citoyenne n'a donc rencontré aucun écho favorable. Benoît Hamon est amer. Il dénonce des "jeux d'appareils", des "partis obsolètes qui mettent systématiquement les citoyens hors-jeu." En face, certains estiment que le patron de Génération.s connaissait parfaitement l'issue de son initiative : l'échec. "Benoît Hamon a fait une prise de judo pour se remettre au centre du jeu, commente le député socialiste Luc Carvounas. Il avait prévu que ça allait faire plouf. C'est bien joué".
Génération.s promet de se lancer désormais dans le débat de fond. Hamon défend l'idée d'un impôt sur la fortune européen, d'une taxe robots à l'échelle européenne. D'un "Green New Deal européen". Sa campagne sera modeste, reconnaît-il, faisant référence à la campagne conduite lors de la primaire socialiste. Le parti n'obtiendra sans doute pas de prêt bancaire. "Il serait bon que le législateur s'en souvienne lorsqu'il s'agira de légiférer sur le secteur", ironise-t-il. Pour tenir, il dit compter sur les cotisations des adhérents et des avances en trésorerie qu'elles autorisent.
A gauche, les forces en présence, nombreuses, se dessinent progressivement. La principale interrogation concerne désormais une possible alliance entre le Parti socialiste, Place publique, le très jeune mouvement lancé par Raphaël Glucksmann et des "petits partis" tels que l'UDE, Nouvelle Donne ou le PRG.
Le PS toujours pas fixé
Dans l'entourage de Benoît Hamon, on laisse aujourd'hui entrevoir l'idée que les dés sont en réalité pipés depuis le début. Dimanche, le JDD affirmait que Benoît Hamon a appelé Raphaël Glucksmann pour déplorer la stratégie mise en oeuvre. "Le mouvement de Hamon est en effet convaincu que Place publique a noué en amont un accord électoral avec le PS", peut-on lire. Une crainte partagée dernièrement par Mehdi Ouraoui, porte-parole de Génération.s et nouveau candidat à la députation européenne. "J'ai entendu Olivier Faure parler d'un concubinage avec Place publique qui dure depuis longtemps. Si c'est vrai, la seule question, c'est le montant de la dot."
Les discussions se poursuivent entre le PS et Place publique. Mais comme souvent à gauche, rien n'est simple. Des divergences de stratégie apparaissent des deux côtés. Du côté de Place publique, les sensibilités les plus marquées à gauche ne se montrent pas franchement emballées à l'idée de ne s'allier qu'avec le PS. Au PS, des personnalités telles que Stéphane Le Foll ou Luc Carvounas craignent qu'Olivier Faure ne finisse par s'effacer derrière leurs futurs alliés potentiels en leur laissant la tête de liste. "Je peux comprendre,faisant partie des 26 survivants socialistes à l'Assemblée, qu'Olivier Faure n'ait pas envie d'aller à Bruxelles. Mais si c'est le cas, il faut confier la liste à un autre socialiste", glisse ce dernier. "Est-ce qu'on pense vraiment que le PS puisse être effacé par un mouvement qui a trois mois d'existence?",tient à rassurer l'entourage du premier secrétaire du PS auprès de France Inter.Une réunion des principales têtes socialistes se tiendra lundi 4 mars pour débattre de ces sujets.
