Emmanuel Macron est le paradoxe fait président de la République. Parfois, ses troupes s'en amusent, s'en émerveillent même ; ils appellent cela "l'audace". Parfois, ses troupes sont paumées et, à bas bruit, elles appellent... à l'aide. Quelques exemples, pêle-mêle. Déclarer lors de sa seconde investiture que "le peuple n'a pas prolongé le mandat qui s'achève", qu'il a "confié à un président nouveau un mandat nouveau", puis reconduire 16 ministres de son premier quinquennat. Assurer, en campagne à Marseille, que celui qui vient "sera écologique ou ne sera pas", puis rétrograder le ministre de la Transition écologique de la cinquième à la dixième place protocolaire. Essuyer un camouflet aux élections législatives, faisant de l'Assemblée nationale l'épicentre de la vie politique nationale, puis garder Elisabeth Borne à Matignon, non sans y avoir réfléchi longuement.
De retour de son marathon international, il retrouve sa majorité telle qu'il l'a laissée, toute relative. Et c'est au moment où ses marges de manoeuvre n'ont jamais paru aussi réduites qu'il compte reprendre la main. Ou, du moins, le montrer. Prouver qu'il peut encore faire. Un conseiller officieux l'assure : "Son effacement traduisait une décantation : de la situation politique, d'abord, mais aussi de lui-même. S'il a maintenu Elisabeth Borne en place, c'est pour être de nouveau et vraiment aux manettes, être celui qui va tout impulser." Le remaniement ministériel le symbolise, il porte sa patte. Alors que la Première ministre ne plaidait pas tellement en la faveur d'un maintien de Gérald Darmanin à l'Intérieur, le chef de l'Etat l'a non seulement maintenu, mais renforcé, en ajoutant les Outre-Mer à son portefeuille.
Après deux conseils des ministres en quatre jours, il réunit dans la foulée les parlementaires de sa majorité pour les souder à nouveau autour de lui. La plasticité de sa doctrine - souvent raillée à juste titre - a ceci d'utile : le président n'est jamais meilleur que dans l'adaptation aux contingences. "Le paradoxe d'Emmanuel Macron est que, non rééligible, il devient plus libre dans une situation plus contrainte", analyse dans les colonnes du Monde l'ancien Premier ministre Lionel Jospin. Bloqué à l'Assemblée, il garde les mains déliées pour inventer et étonner. Tant mieux. N'est-ce pas cela, l'ADN du macronisme ?
