"Agir", une fois. "Agir", deux fois. "Agir", neuf fois. Emmanuel Macron apprécie les anaphores, voilà peut-être ce qu'il a désormais le plus en commun avec François Hollande, dont il voit le visage fermé à quelques mètres de lui. Sa courte prise de parole, dans la salle des fêtes de l'Élysée, ne pouvait y échapper : au milieu de cette figure de style imposée qu'est la cérémonie d'investiture du nouveau président de la République - et non de "réinvestiture", insiste bien son entourage -, il n'y avait pas tant d'autres moyens de se démarquer. Face à près de cinq cents personnes triées sur le volet, membres du gouvernement, corps constitués, personnalités du monde de la culture et du sport, le chef de l'État a prononcé un discours attendu mais politique, rempli de petits messages qui disent beaucoup du second quinquennat qu'il souhaite mener.

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"Agir", donc. Emmanuel Macron sait le risque d'un second mandat, qui débute officieusement par cette seconde investiture : qu'il soit perçu comme celui de la continuité. Durant sa brève campagne, il a voulu, parfois à l'excès, installer l'idée d'une rupture, de sa nécessité au moment où l'adhésion des Français à son système démocratique se liquéfie dangereusement. Il a récidivé ce samedi matin. Même cérémonie, même collier de grand maître de l'ordre de la Légion d'honneur, mais l'homme est différent tout autant que le président. Il le jure.

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Mais d'abord, le voilà qui tance les tenants du "repli" , des "démagogies faciles"... Bref, on suit son regard : les deux autres blocs politiques qui se sont cristallisés durant cette élection présidentielle, à son extrême droite et à sa gauche radicale. Devant ses deux prédécesseurs François Hollande et Nicolas Sarkozy - qu'il ne manque pas de saluer - et de nombreux soutiens venant d'horizons différents, il semble vouloir une nouvelle fois mettre en avant son camp, celui des modérés, des raisonnables, des progressistes sérieux... Avant l'homme du renouveau, Emmanuel Macron se montre en homme du rassemblement.

C'est bien le peuple français qui m'investit

Ses adversaires, et en particulier les Insoumis, en prennent une petite dernière pour leur grade. "C'est bien le peuple français, celui qui désigne ses représentants, qui m'investit de ce mandat en ce jour", déclare-t-il en introduction, pour mieux balayer les procès en illégitimité que tentent d'instruire, depuis le soir du second tour, les compagnons de Jean-Luc Mélenchon. Un président élu n'est jamais mal élu, semble-t-il leur dire, mais, conscient tout de même du climat et de la friabilité de sa victoire, il entend tout remettre à plat. On l'aura compris, les cinq ans qui viennent n'auront rien à voir avec les cinq ans passés. "Le peuple n'a pas prolongé le mandat qui s'achève et qui a commencé le 14 mai 2017. Ce peuple nouveau a confié à un président nouveau un mandat nouveau". Le message est passé.

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Le discours d'Emmanuel Macron devant tout ce que compte la République de protocoles et de symboles est, en réalité, un condensé de ceux prononcés depuis plusieurs semaines. Une réduction, une substantifique moelle. Neuf fois "agir" pour mieux dire qu'il ne sera pas un président gestionnaire, car ce n'est ni dans son ADN politique ni ce que la période réclame. "Ça ne signifie pas administrer le pays, enchaîner des réformes comme on donnerait des solutions faites à notre peuple", promet-il en invoquant LA grande trouvaille de son nouveau projet présidentiel : une méthode nouvelle de gouvernance, basée sur la co-construction avec les Français sur le terrain. "Loin des rites et des chorégraphies usées, il faut un nouveau contrat productif, social, écologique" : il en va, selon lui, de la "renaissance démocratique" dont la France a "besoin".

Les intimes d'Emmanuel Macron l'expliquent tous : après l'émancipation individuelle, ce second quinquennat sera celui de la cimentation nationale. En conclusion de son discours au Champ-de-Mars le 24 avril, le président réélu a répété une nouvelle fois que le peuple était plus qu'une somme d'individualités ; ce samedi, avec une tonalité un tantinet plus lyrique, il a tout autant vanté le coeur battant "de ce vieux peuple enraciné" qui "n'a pas fini d'inspirer le monde". Il promet une planète plus vivable et une France plus vivante et plus forte au sortir de son second mandat. Renouveau, association, écologie et indépendance : tels sont les quatre points cardinaux de son prochain quinquennat.