Marion Maréchal ne sera pas, sauf surprise, candidate aux élections législatives. L'ex-députée Front national du Vaucluse bénéficie de la meilleure excuse du monde, elle est enceinte de bientôt huit mois. Une circonstance qui tombe à pic : en l'absence d'accord entre le parti d'Eric Zemmour et celui de Marine Le Pen, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen évite ainsi une embûche, le scrutin des 12 et 19 juin ayant tout d'un désastre annoncé pour Reconquête!. Celle qui promettait il y a peu de se ranger derrière "le mieux placé dans les sondages" se retrouve désormais impliquée dans un parti qui pèse 7 % des voix à l'élection présidentielle, loin derrière les 42 % de Marine Le Pen au second tour. Sans mandat, sans troupes à l'intérieur de son nouveau parti, et avec peu d'appuis à l'extérieur, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen s'offre un retour en politique par la petite porte.
Le "fantasme de la droite" depuis son départ en 2017
Qui aurait imaginé un tel scénario pour celle qui était présentée comme "le fantasme" de la droite depuis son départ de l'Assemblée nationale en 2017 ? Occupée à bâtir son école privée lyonnaise de sciences politiques (l'Issep), la jeune femme a, pendant le dernier quinquennat, réduit ses interventions médiatiques à peau de chagrin, constatant avec plaisir que moins elle parlait, plus elle fascinait. Dans l'intervalle, ses proches se chargeaient d'alimenter le feuilleton d'un hypothétique retour, comme lorsqu'ils lui organisent, en 2019, une "convention de la droite". Un événement au cours duquel Eric Zemmour prendra finalement toute la lumière. Déjà.
En 2022, c'est évidemment sur lui, le candidat d'extrême droite, que se focalise l'attention. Lors de la soirée organisée par Valeurs Actuelles le 22 mars, Marion Maréchal patiente dans sa loge, entourée seulement de sa mère, son mari et son frère. Quelques mètres plus loin, dans celle du candidat se pressent le ban et l'arrière-ban de l'équipe de campagne. "Vive Eric Zemmour !" crie un spectateur pendant le discours soporifique de la jeune femme. Depuis son retour, Marion Maréchal ne s'illustre pas par son aisance derrière les pupitres. "Vous me perturbez", lance-t-elle à la foule depuis la tribune de Toulon, le 6 mars, au milieu de sa première allocution de campagne. Ce jour-là, la trentenaire officialise son ralliement à l'ancien journaliste du Figaro. "Elle n'est pas une femme politique, elle est beaucoup plus que ça", déclame en introduction Philippe de Villiers, dans un panégyrique enfiévré sur la "féminité" et le "charisme" de cette "sirène".

Marion Maréchal s'est affichée avec Eric Zemmour le dimanche 6 mars 2022 lors d'un meeting à Toulon.
© / CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
A l'époque, les partisans d'Eric Zemmour promettent que son arrivée produira un effet de souffle. "Arrêtez de survendre mon ralliement, on ne va pas passer de l'ombre à la lumière", leur demande pourtant Marion Maréchal, à la fois inquiète et flattée de se voir attribuer des pouvoirs de roi thaumaturge d'une campagne qui commence déjà à plonger dans les sondages. "Marion, un minimum de voix, un maximum d'emmerdes", nous glisse à l'époque par SMS un fidèle de Marine Le Pen, trop heureux de constater que son arrivée ne freine pas la chute d'Eric Zemmour. "Je ne veux pas vous dire que tout est parfait", concède aujourd'hui la trentenaire en privé. Sur son arrivée tardive à Reconquête!, éventée par des stratèges de Marine Le Pen pour lui savonner la planche, Marion Maréchal lâche seulement : "Mes raisons et mon récit n'ont pas eu le temps de s'imposer." Faut-il croire cet ami qui affirme que "Marion n'admettra jamais en public qu'elle a des regrets, car elle est bien trop orgueilleuse" ?
Chargée de la formation chez Reconquête !
Venue d'abord en simple soutien, l'ex-parlementaire a finalement rejoint, au lendemain de la défaite, le bureau exécutif de Reconquête!, devenant la vice-présidente du parti. Soulagée de voir qu'elle pouvait exprimer des divergences de points de vue sans être accusée, comme au FN, de haute trahison. Elle a sans doute aussi compris que son rêve de microparti affilié à la barque zemmouriste, avec ses propres élus et son indépendance financière, s'était fracassé sur les résultats du premier tour de la présidentielle. Sans mandat, elle sera rémunérée par le parti.
Son témoin de mariage, Thibaut Monnier, a quitté ses fonctions chez Reconquête!. Son ami François de Voyer désapprouve ses choix, lui qui avait dit ne comprendre "ni le lieu ni le timing" de son ralliement. "Je suis en paix avec ma conscience", aime à dire Marion Maréchal. Chez Reconquête!, l'ancienne directrice d'école sera chargée, entre autres, de la formation des cadres. Du RN elle essaie de ne pas dire du mal, même si parfois les mots "citadelle assiégée" ou "tentation de l'isolement" lui échappent. Sur la campagne de Marine Le Pen ou son débat d'entre deux tours, la nièce refuse le moindre commentaire, pour éviter toute critique. Avec sa tante, aucun échange n'a eu lieu depuis des mois, hors saillies envoyées par médias interposés.
Une popularité en baisse
Marion Maréchal sait que son image publique est écornée par la "trahison" dont elle se serait rendue coupable en ralliant le rival du parti familial. En avril, elle enregistrait une baisse de cinq points de popularité chez les sympathisants du Rassemblement national, et de trois points chez ceux de droite, dans le baromètre Elabe pour Les Echos... "Elle s'est vue trop belle, trop parfaite", grince un parlementaire RN. Un de ses amis nuance : "Certes, son ralliement entraîne une baisse de popularité. Mais en s'émancipant du RN Marion se forme aussi une image différenciée qui peut lui servir pour la suite. Il faudra attendre deux ou trois ans pour voir si son retour est loupé." Deux ans, c'est justement le temps qui la sépare des élections européennes, pour lesquelles les cadres de Reconquête! l'imaginent mener la liste. En face, Marion Maréchal pourrait bien trouver Jordan Bardella, qui incarne désormais l'avenir pour Marine Le Pen. Une bataille qu'il s'agira, pour survivre politiquement, de ne pas rater.
