Les programmes présidentiels s'affinent à 61 jours du premier tour du scrutin. Les candidats ont pu présenter leur projet économique en passant le grand oral devant le Medef. Les postulants à l'Elysée se sont exprimés à tour de rôle ce lundi matin pour présenter la politique qu'ils entendent mener en direction des entreprises au moment où l'économie française sort de la crise sanitaire, mais se trouve confrontée à une pénurie de main-d'oeuvre et à l'inflation.
Si certains candidats étaient absents, comme Jean-Luc Mélenchon ou Christiane Taubira, Yannick Jadot (EELV), Fabien Roussel (PCF), Valérie Pécresse (LR), Anne Hidalgo (PS), Marine Le Pen (RN) et Eric Zemmour (Reconquête) ont défilé dans l'enceinte de la Station F, le plus grand campus de start-up au monde, qui se trouve à Paris. Chacun a pu présenter son programme économique pendant une dizaine de minutes avant de répondre aux questions des internautes, des chefs d'entreprise présents et à distance ainsi que des journalistes.
Un pacte environnemental avec Yannick Jadot
"La transition écologique se fera avec les entreprises ou ne se fera pas". Le candidat écologiste a mis l'accent sur la transition écologique et la nécessité d'une alliance avec les entreprises pour la mettre en oeuvre. Il a alors proposé de mettre en place un "pacte environnemental" des entreprises.
Assumant sa position, Yannick Jadot a indiqué vouloir par ailleurs un système de bonus-malus vert sur les entreprises en privilégiant fiscalement les entreprises qui font des "efforts importants" sur leur empreinte carbone et de "discriminer" les autres.
Le candidat vert souhaite ainsi développer des mesures protectionnistes comme le "buy european act" ou l'extension à l'ensemble des secteurs de l'économie du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières prévu en 2023.
Un retour de l'ISF est également dans les tuyaux du candidat avec une taxation des patrimoines supérieurs à 2 millions d'euros, soumise à une progressivité car, "les plus riches émettent beaucoup plus de CO2 que la moyenne des Français", argumente-t-il. Enfin, il souhaite augmenter le Smic de 10% "dès notre arrivée au pouvoir" et se diriger vers la fin du quinquennat à 1500 euros, même si cela "dépendra des niveaux d'inflation".
Fabien Roussel propose la nationalisation des banques et assurances
Lors de sa prise de parole, le candidat communiste a mis l'accent sur la nécessité de prendre le dessus sur le monde de la finance. Pour ce faire, Fabien Roussel entend nationaliser de grands groupes stratégiques, comme de grandes banques et compagnies d'assurance privées, citant ainsi "BNP, Axa et Société Générale", mais aussi EDF, la SNCF, La Poste ou France Télécom.
Par ailleurs, Fabien Roussel veut à la fois un choc de la demande de travail mais aussi de l'offre en augmentant les salaires mais tout en prônant la relocalisation de l'industrie française. "Je propose un choc de la demande en augmentant les salaires, les pensions de retraite, mais si on fait que le choc de demande, ça ne suffira pas, il faut un choc de l'offre et avoir une production qui se développe rapidement en France, explique-t-il. Je demanderai à Renault, Peugeot, d'arrêter de produire les voitures électriques en Chine, mais de le faire en France. Il faut arrêter les fermetures de fonderies dans l'automobile".
Pour lutter contre l'optimisation fiscale, il souhaite un prélèvement à la source des multinationales pour qu'elles payent des impôts tout de suite, pour éviter que "l'argent s'en aille" dans des entreprises offshore comme au Luxembourg.
Valérie Pécresse veut une "vraie" politique de l'offre
La candidate de droite se dit "résolument en soutien de l'entreprise et d'une vraie politique d'offre". Valérie Pécresse a énuméré de nombreuses propositions pour aller dans le sens de son ambition si jamais elle est élue en avril prochain. Parmi elles, la suppression de 10 milliards d'euros d'impôts de production, réformer le pacte Dutreil, diviser par deux tous les délais de traitement administratif, la suppression de la C3S, contribution sociale de solidarité des sociétés qui participe au financement de l'assurance vieillesse.
"Produire en France, c'est une question de compétitivité, mais c'est aussi une question de souveraineté, de stratégie et de financement", affirme par ailleurs la candidate LR, pour qui "on doit garder les productions stratégiques sur le sol national, on a besoin de stratégie et d'indépendance".
Afin de créer un différentiel entre les revenus d'assistance et les revenus du travail, Valérie Pécresse souhaite mettre en place un observatoire national des salaires parce que "dans certaines branches les augmentations de salaire sont beaucoup moins faciles à faire que d'autres, notamment parce qu'elles ont des prix réglementés", poursuit-elle.
L'écologie fait partie de presque tous les programmes des candidats. Et pour financier la transition énergétique, Valérie Pécresse propose de fusionner le Livret A et le LDD (livret de développement durable), mais aussi instaurer une "taxe carbone véritable aux frontières de l'Europe" et créer un ministère de l'Industrie, de l'énergie et de l'innovation.
Les quatre odyssées d'Anne Hidalgo
Pour son programme économique, et plus précisément les entreprises, la maire de Paris et candidate PS pour la présidentielle a détaillé quatre grands axes, qu'elle nomme des "odyssées". Le premier, l'odyssée sur la transition écologique prendra appui "sur les énergies renouvelables : planifier à partir des territoires en engageant les présidents de région, et s'engager sur le développement, les filières génératrices d'emploi grâce aux énergies renouvelables".
L'odyssée de la santé va tendre à "remettre de l'attractivité dans le travail pour sortir de la dépendance des médicaments et du matériel".
Le troisième est l'odyssée des mobilités. Pour Anne Hidalgo, "nous pouvons être le pays de cette odyssée industriel pour que toute notre industrie aille vers les mobilités nouvelles, électriques, ferroviaires..."
Enfin, l'odyssée du numérique pour lequel "nous avons besoin d'infrastructures de développement que nous devons porter partout sur les territoires". La candidate souhaite "avoir une politique de formation professionnelle" avec "la généralisation des formations en alternance à partir du bac". Selon elle, "cela doit passer par la revalorisation du travail" car elle estime que "les salaires sont trop bas." Elle propose alors une augmentation du SMIC de 15% "dès mon arrivée" et promet l'égalité salariale entre les femmes et les hommes.
Comme Yannick Jadot, Anne Hidalgo prévoit le retour de l'ISF dont la suppression était une "erreur totale", selon elle. "Je n'augmenterai pas mais n'allégerai pas non plus les impôts de production, je ne toucherai pas à l'impôt sur les sociétés", en revanche, la candidate prévoit le "rétablissement de l'impôt sur les grandes fortunes en le fléchant sur l'accompagnement de la transition écologique". Elle aimerait également mettre un coup d'arrêt au développement de la filière nucléaire et ne construira pas un EPR de plus.
Une politique d'enracinement économique chez Marine Le Pen
"Vous êtes le poumon économique de la France". Marine Le Pen a à son tour lancé son opération séduction des entreprises et entrepreneurs prônant une politique du "juste échange" plutôt que du libre-échange. "Je crois au rôle de l'Etat car dans une société organisée chacun doit remplir son rôle, explique-t-elle. Vos entreprises sont le lieu de la création de richesses. La sphère publique a un rôle majeur de régulation et de protection sociale, en assurant un environnement favorable sécuritaire, diplomatique, sociale..."
Marine Le Pen, candidate pour la troisième fois à la présidentielle, souhaite également "mener en urgence une désinflation des lois, règles et normes" qui concernent les entreprises. Elle entend "accompagner les TPE, PME et ETI" qui seront sa "priorité". Elle prévoit aussi "la baisse des impôts de production, dont une part importante consistera à la suppression des cotisations foncières pour les entreprises."
La candidate du Rassemblement national veut "relancer une politique d'enracinement, y compris économique" prenant l'exemple régional de la Vendée. La candidate évoque une politique de "démétropolisation" qui "passera par la réinstauration des primes à l'aménagement du territoire" ou la suppression de la C3S dans les zones de relocalisation.
Pour le travail des jeunes, Marine Le Pen assume une proposition qui a fait réagir ses adversaires : la suppression de l'impôt sur le revenu pour les citoyens de moins de 30 ans.
Eric Zemmour et la lutte contre l'immigration à tous les niveaux
Après une longue introduction critique sur le bilan économique d'Emmanuel Macron, le candidat d'extrême droite a gardé sa ligne : "J'estime que le problème majeur de la France c'est l'immigration", a-t-il rappelé devant l'assistance. Cette politique de l'immigration zéro n'épargnera pas les exilés qualifiés.
L'ancien journaliste a par ailleurs détaillé plusieurs mesures liées à l'entreprise pour "restaurer la compétitivité française". Le candidat de Reconquête compte ainsi réduire de 30 milliards d'euros les impôts de production sur un total de 70 milliards d'euros par an de recettes fiscales. Baisser le taux d'impôt sur les sociétés à 15% pour les petites entreprises et simplifier les démarches administratives.
Il entend créer un fonds souverain pour "protéger nos entreprises stratégiques", il veut "lutter contre l'extraterritorialité du droit américain avec mesures de rétorsion au niveau français et européen", ou encore imposer par la loi que les données sensibles des Français et de l'Etat soient conservées sur des solutions françaises et non plus sur des clouds étrangers comme Google.
Refaire de la France une "terre d'industrie" est une autre de ses ambitions. Il fera alors "en sorte que l'état accompagne les filières industrielles plutôt que les étouffer" et organisera un "grand ministère de l'Industrie" avec l'énergie et les transports. La commande publique sera, s'il est élu, par ailleurs obligée de privilégier les produits français et mettre en place un "Patrie-score" sur les produits de consommation pour indiquer leur provenance française.
