Ils savent que c'est (presque) impossible, alors ils s'y prennent le plus tôt possible. Voilà sans doute la maxime suivie par le député La France insoumise Manuel Bompard lorsqu'au début du mois d'août, dans Le Figaro, le stratège appelait de ses voeux une liste commune de la Nupes aux prochaines élections européennes. Naturellement, ça frotte. Ça tique. Europe Ecologie-Les Verts freine des quatre fers, le PS est divisé... Les différents partis ont beau s'être globalement harmonisés à l'Assemblée nationale, il s'agit là d'une tout autre affaire : rien n'oppose davantage la LFI à ses camarades écologistes et socialistes que la stratégie européenne et, au-delà, les questions internationales. Les positions de Jean-Luc Mélenchon sur l'Otan ou Taïwan l'ont récemment démontré. Ce qui se joue dans les deux ans déterminera l'émergence, ou non, d'une candidature commune en 2027. L'objectif suprême restera inatteignable tant que la gauche ne construit pas, d'ici là, un socle commun et complet. Un squelette entier de positionnements et d'idées. Mais elle n'est pas la seule à devoir se creuser les méninges.
Pour nombre de formations politiques, l'automne qui vient sonnera le début d'un vaste chantier. A commencer par le parti au pouvoir. Depuis 2017, La République en marche n'a pas brillé par sa production intellectuelle : députés et ministres le déploraient parfois, seule la sacro-sainte parole présidentielle pouvait démêler les sujets qui ne figuraient pas dans le livret du petit macroniste. Seulement, Emmanuel Macron ne peut se représenter dans cinq ans, l'heure est donc à la reconstruction. Pour lui survivre, LREM devient Renaissance : un nouveau parti que le patron des eurodéputés Renew Stéphane Séjourné est en train de façonner, avec comme priorité l'édification d'une vraie colonne vertébrale idéologique. "Le parti que l'on construit n'est pas une prolongation du précédent, on part d'une feuille blanche", dit-on dans l'entourage de l'ex-conseiller élyséen, conscient du déficit qui s'est pérennisé.
Le macronisme n'est-il qu'une parenthèse ? De cet héritage en gestation dépendra la réponse à cette question. Bruno Le Maire a bien saisi l'importance de la mission : lui qui se prépare pour 2027, en se positionnant comme l'homme de la synthèse dans la majorité, compte bien s'adjuger la chefferie du pôle Idées du futur parti.
Du côté du Havre aussi, tout est à faire. Edouard Philippe a d'ores et déjà lancé la course à la présidentielle et ne cache pas le moins du monde son ambition. Après le lancement d'Horizons en octobre dernier, "il est capital de commencer la production d'idées dès la rentrée", explique l'un de ses députés. L'ex-Premier ministre, dont on ne sait pas s'il sera de moins en moins loyal à Emmanuel Macron mais, pour sûr, de plus en plus libre, doit afficher ses spécificités, les contours précis de sa propre ligne politique. Les slogans "Voir loin pour faire bien" et "L'ordre dans la rue et dans les comptes" ne peuvent suffire. "Ce travail est primordial, il ne faut pas refaire l'erreur commise par En Marche", renchérit un autre dirigeant philippiste.
La tâche s'annonce encore plus ardue pour des Républicains affaiblis, qui choisiront leur nouveau président en décembre. Tous les possibles prétendants, d'Annie Genevard à Eric Ciotti en passant par Aurélien Pradié, assurent vouloir insuffler des "idées nouvelles". Mais sauront-ils mener une bataille de lignes clivantes autrement que dans une impasse ? Le contexte politique inédit, la fin de règne d'Emmanuel Macron et les différentes crises qui traversent le pays auront, espérons-le, un mérite : un renouvellement du débat d'idées, que la dernière élection présidentielle nous a à peine accordé.
