Jean-Marc Ayrault ne veut pas "juger les résultats" de son successeur à Matignon. Pas pour le moment. Interrogé par RTL, ce mercredi matin, il n'a pas souhaité "distribuer les bons ou mauvais points. Je sais que c'est une tâche difficile. Je vois que Manuel Valls s'efforce de s'inscrire dans une certaine continuité et de mener à bien les réformes que nous avons engagées". L'ex-Premier ministre n'a toutefois pas pu s'empêcher de glisser une petite pique à l'égard de Manuel Valls... et ce n'est pas la première.

Ainsi le député PS de Loire-Atlantique a-t-il estimé que "ce n'est pas par la stigmatisation et la culpabilisation des chômeurs qu'on s'en sortira". Une référence à peine voilée aux sorties de certains membres du gouvernement comme Emmanuel Macron ou François Rebsamen, au sujet d'une nouvelle réforme du marché du travail. Jean-Marc Ayrault a également "regretté" le retrait de l'écotaxe annoncé par Ségolène Royal cette semaine. Le tout conclu par un petit conseil d'ami à Manuel Valls: "Il faut veiller à ce que le dialogue soit une méthode de réussite."

Avant l'été, pourtant, "Jean-Marc Ayrault confiait en privé qu'il ne pouvait 'rien dire contre le gouvernement'", raconte Le Monde. Mais l'ex-Premier ministre "cachait mal sa colère contre les 'coups individuels' qu'avait montés contre lui son ambitieux ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, quand il était à Matignon." Une colère qui s'est traduite par deux autres piques, en fin de semaine dernière.

Vendredi dernier, Presse-Océan rapportait que Jean-Marc Ayrault avait écrit à Manuel Valls pour lui exprimer "(son) étonnement devant la faiblesse des enveloppes attribuées aux Pays de la Loire", dans le cadre du futur contrat de projets Etat-Région 2015-2020. A ses yeux, sa région est "clairement défavorisée", notamment dans le domaine de l'enseignement et de la recherche. L'ex-maire de Nantes demandait par conséquent à Manuel Valls d'augmenter la dotation de sa région, "afin de rétablir l'équité avec les régions voisines".

Le même jour, Jean-Marc Ayrault a apporté sa contribution aux Etats généraux du PS... en forme de leçon de fiscalité adressée à Manuel Valls. "Nous ne pouvons continuer à faire diminuer le nombre de contributeurs à l'impôt sur le revenu, souligne-t-il: c'est conforter l'idée que l'effort n'est pas partagé par tous", écrit l'ancien Premier ministre... "J'avais engagé, fin 2013, la remise à plat de notre système fiscal" incluant un prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu et sa fusion avec la CSG. "Mais je suis convaincu que nous devons voir plus grand et reprendre ce vaste chantier dès maintenant. Car il faut du temps et de la méthode pour redonner du sens et de l'adhésion à l'impôt."

"J'aimerais qu'on commence par le prélèvement à la source", ce qui serait "beaucoup plus juste et lisible et permettrait d'enclencher une réforme concrète" qui tiendrait compte de la "fiscalité écologique", a-t-il de nouveau plaidé ce mercredi sur RTL. Décidément, Jean-Marc Ayrault n'est "pas dans l'amertume"... mais il n'est plus non plus dans la réserve.