C'était la phrase de trop. Quarante minutes après l'annonce des résultats du second tour de la présidentielle, Eric Zemmour a remis une pièce dans la machine. "C'est la huitième fois que la défaite frappe le nom des Le Pen, je voyais cette défaite venir depuis des années", lâche le candidat malheureux, qui n'a réuni que 7% des suffrages au premier tour. Avant d'appeler à l'union du "camp national" pour les élections législatives. Le lendemain, dans un communiqué de presse, Nicolas Bay, Marion Maréchal (ex-RN) et Guillaume Peltier proposent une rencontre avec le Rassemblement national (RN), afin de construire une alliance. Eric Zemmour réitère également la proposition dans un tweet, s'adressant directement à la candidate du RN : "Marine Le Pen, en acceptant la main que je vous tends, vous avez l'occasion de mettre fin au cordon sanitaire qui stérilise le camp national depuis quarante ans. Faisons-le. Ensemble."
Vives réactions côté RN. "Arrêtez de pleurnicher, Marion Maréchal !", lance publiquement le trésorier du parti, Wallerand de Saint Just. "Qui est Eric Zemmour ? Celui qui, hier, insulte gravement le nom de Marine devant 15 millions de téléspectateurs, et fait aujourd'hui un tweet mielleux", réagit immédiatement le conseiller spécial de Marine Le Pen, Philippe Olivier.
"Il a méprisé Marine Le Pen depuis le mois de septembre. Objectif : la tuer, ainsi que le RN. Tous l'avez suivi dans des trahisons sans aucune dignité. Vous avez perdu, et maintenant vous faites la manche comme j'ai vu Mégret et d'autres le faire avant vous. Assumez !", cingle le député européen Jean-Lin Lacapelle. "Huit mois de combat contre Marine, huit mois à tenter de disperser les voix au risque de faire qualifier Mélenchon. Des déclarations inélégantes à 20h30 ce 24 avril. On peut appeler au rassemblement tout en divisant", renchérit le maire de Fréjus, David Rachline. Et, sur la place publique, les uns et les autres enfilent les gants.
Un candidat RN contre Eric Zemmour aux législatives
Aux membres de Reconquête qui réclament de mettre de côté "les egos" pour "servir la cause nationale", les frontistes ne font pas de cadeaux. "As-tu mis ton petit orgueil de jeunot de côté quand le RN t'a embauché, investi et fait confiance, et que tu l'as trahi puis sali ? demande, sur Twitter, Jean-Lin Lacapelle à Damien Rieu, ex RN. Tu existes, comme tes amis, parce que d'autres ont milité depuis des années sans jamais trahir. Vous ne méritez pas d'être dans la grande famille !" Ambiance dans le camp national.
Chez Zemmour, on feint l'incompréhension. "Il a quand même appelé à voter pour elle sans rien demander en échange dès le soir du premier tour", revendique-t-on. Sur les matinales, on brandit les sondages. "Avec une coalition, le camp national peut espérer envoyer au minimum 148 députés à l'Assemblée, et même viser la majorité relative, réagit Marion Maréchal. Sans coalition, il y a le risque d'élire à peine quelques dizaines de députés."
En privé, également, les demandes de discussion sont restées sans réponses. De même, selon nos informations, que celles qui avaient été émises, plusieurs jours auparavant, par des membres de Reconquête. "Ils ont pris leur décision depuis dix jours, en réalité, et cherchent un prétexte aujourd'hui avec cette petite phrase, parce qu'ils savent que c'est indigne de refuser l'alliance", peste un stratège.
Coup fatal, ce mardi 26 avril au matin. Sur le plateau de LCI, le porte-parole du RN, Sébastien Chenu, l'assure : le Rassemblement national investira un candidat face à Eric Zemmour s'il décidait de se présenter aux législatives. "Il n'y a pas une seule circonscription en France où le bulletin de vote Eric Zemmour a été devant Marine Le Pen, assure-t-il. La cheffe de la famille patriote, c'est Marine Le Pen."
Côté Zemmour, la combativité laisse place à la perplexité. "Je ne comprends pas pourquoi ils font ça, réagit un membre du premier cercle. C'est ridicule, Mélenchon et la gauche aussi se sont affrontés, mais ils s'unissent aujourd'hui, ça s'appelle la démocratie." "C'est finalement un résumé de ce qu'aura été la campagne Zemmour, persiste et signe un frontiste. Une vaste pleurnicherie dès que le vent ne les porte plus."
