Ensemble, Renaissance, Nupes, La France Insoumise, Reconquête, Agir, Territoires de Progrès... On constate, de plus en plus, que les partis politiques n'échappent pas aux logiques marketing mises en place habituellement au sein des entreprises. Annoncé ces derniers jours par Stanislas Guerini, délégué général de l'ex-République en marche (LREM), le parti politique du président réélu Emmanuel Macron vient d'être rebaptisé "Renaissance". Cette nouvelle formation s'intègre désormais dans une confédération appelée Ensemble réunissant le Modem ou bien encore Horizons, complexifiant un peu plus la compréhension du citoyen face à tous ces changements.

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Un changement de nom de marque est le processus par lequel les entreprises tentent d'en modifier sa perception. Pour ce faire, tous les éléments de la marque sont repensés en cohérence avec la stratégie de l'entreprise. Le monde évolue, les attentes des clients également et les entreprises doivent en tenir compte. Le "rebranding" est une réaction normale d'une société responsable aux changements du marché. Qu'en est-il alors des partis politiques ? Peuvent-ils être soumis aux mêmes impératifs ? Assurément ! Le changement de nom d'un parti peut avoir plusieurs sens : créer une nouvelle dynamique et nourrir une communication en quête de renouvellement ; répondre à une "tactique politique" en témoignant alors d'une reconfiguration d'alliances ou donner une nouvelle vision idéologique. L'objectif est d'agir sur la perception des électeurs, des militants et des élus.

Des partis en quête de sens

Sous la Ve République, les partis ont régulièrement changé de nom. L'union pour la nouvelle République des Gaullistes est devenue l'UDR, puis le RPR. Le RPR s'est élargi en 2002 pour devenir l'UMP, puis Les Républicains en 2015. En 2018, le Front national s'est transformé en Rassemblement national afin de poursuivre sa recherche de respectabilité.

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Les changements de noms récents ne témoignent plus seulement d'une simple nécessité d'adaptation mais d'une volonté de changer le mode de fonctionnement et le rôle d'un parti politique, référentiel utile à la compréhension de la vie politique française et aux différentes propositions idéologiques. Une offre claire permet ainsi aux citoyens de s'identifier à un corpus de valeurs et/ou une tradition politique au-delà des personnalités et de l'incarnation. Or, aujourd'hui, les nouveaux noms semblent traduire un phénomène malheureusement connu : la dépolitisation progressive de notre société et l'érosion des "relais" que pouvaient représenter les partis politiques ou les syndicats. Les nouveaux noms se sont délestés de références idéologiques et de la dénomination même de parti pour certains d'entre eux ! Si l'on compare les noms de ces nouveaux mouvements aux partis historiques de la Ve République comme le Parti socialiste, le Mouvement républicain populaire ou le Parti communiste français, la différence est flagrante. Difficile de situer ces nouvelles organisations sur l'échiquier politique au premier coup d'oeil.

Du parti au mouvement

On constate, de plus en plus, la volonté de sortir de l'aspect "figé" d'un parti politique, vertical, dogmatique. L'idée est d'aller au-delà des militants historiques et d'une lecture "classique" de l'échiquier politique. D'où "génération.s", "Place Publique", "le Rassemblement bleu Marine", "Agir", "La France Insoumise" et "En Marche", dont l'objectif est de représenter des communautés beaucoup plus larges, presque universelles. Il s'agit dorénavant de créer un "mouvement" qui se dissocie d'une histoire politique, d'un courant de pensée, d'une façon de concevoir la société avec un projet en construction, non figé, capable d'intégrer les adhérents - et non militants - nouveaux. Le parti politique n'en est pas mort pour autant. Prenons l'exemple d'Horizons qui, s'il reprend les codes des nouveaux "mouvements", a conservé la dénomination de "Parti" reposant sur une cotisation et non un simple clic.

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Quoi qu'il en soit, peu importe le nom des partis puisque les fonctions qu'ils remplissent, demeurent indispensables à la démocratie parlementaire. Il paraît difficile de renouer avec la vitalité démocratique sans partis politiques dignes de ce nom. Alors que la France semble traverser une crise de confiance entre les citoyens et leurs représentants, les partis politiques doivent retrouver leur rôle originel d'organisation et de confrontation des idées. Il est donc plus que jamais important de récréer des "moments" de délibération avec pour objectif de fabriquer des stratégies de long terme en s'associant, par exemple à d'autres organisations autour de cycles délibératifs plus inclusifs et sans barrières politiques apparentes.

(1) Delphine Jouenne est associée cofondatrice d'Enderby et publie chaque année Un Bien Grand Mot, aux éditions Enderby.