Une éviction de la campagne pour cause de déloyauté, quelques semaines au vert en attendant que Yannick Jadot échoue le 10 avril prochain... L'affaire aurait pu en rester là. C'est mal connaître Sandrine Rousseau, sa capacité à occuper l'espace médiatique surtout quand elle s'y est invitée en mettant la zizanie chez les siens. Depuis son excommunication, la candidate malheureuse de la primaire écologiste a récidivé, au grand dam de ses amis verts.

LIRE AUSSI : "Yannick Jadot a peur de moi" : Sandrine Rousseau, les coulisses d'une zizanie partie pour durer

D'abord à Toulouse, le samedi 5 mars, lors d'un débat sur la place des femmes dans les quartiers. "Ça me déprime de faire de la politique dans des groupes du Ku Klux Klan", a-t-elle ainsi lancé dans une allusion à peine voilée à Yannick Jadot et Europe écologie-Les Verts (EELV) ; puis dans un entretien à 20 Minutes deux jours plus tard, le 7 mars. "Qui divise qui ?", interroge-t-elle, avant de décocher de nouvelles flèches à l'endroit de Jadot : "Le problème, c'est qu'un petit cercle autour de [lui] et à la tête du parti n'a jamais accepté le signal envoyé par la primaire, peut-être parce que ma personnalité les bouscule trop." Que ces derniers se rassurent : elle votera bien pour lui le 10 avril prochain. Avec ce que le secret des urnes offre comme assurance...

"La fracture politique, ils en rêvent"

Avec autant d'attaques en si peu de jours, l'appareil écologiste ne peut plus feindre d'ignorer Sandrine Rousseau. Au sein d'EELV, l'agacement laisse place petit à petit à une colère sourde. Et les petites mains qui tractent - dont certaines n'avaient pas vraiment d'yeux pour Yannick Jadot du temps de la primaire, quitte à, parfois, lui préférer Rousseau - s'avouent déçues par le comportement de celle-ci. Quant aux cadres d'EELV, s'ils ne sont pas surpris du peu de loyauté de sa part, leur patience à des limites. "Sandrine tire trop sur la corde et elle va se rompre. Ou alors, on peut aussi la couper nous-mêmes !", fait savoir un sherpa vert. Traduction : exclure Rousseau d'EELV est une option envisagée.

LIRE AUSSI : EXCLUSIF. Macron : la déclaration de candidature à laquelle il a dû renoncer

L'envie est partagée au sein du pôle écologiste, tant la Lilloise anime la campagne quand le candidat désigné peine, lui, à le faire. L'opération n'est pas sans risque politique. Yannick Jadot refuse que le "feuilleton Rousseau" dure. Exclure Rousseau, c'est aussi jouer son jeu.

Ne sont-ils pas tombés dans son piège déjà en la révoquant de la campagne, elle qui, mi-février déjà, défiait le directeur de campagne Mounir Satouri d'un message provocateur : "Je vous propose de me virer." "Elle n'espère qu'une chose : qu'on la chasse", explique un cadre écolo. "Elle n'a pas le courage politique de partir d'elle-même. Son récit victimaire serait alors entaché de déloyauté." A L'Express, le 25 février, l'intéressée ne disait rien de bien différent : "La fracture politique, ils en rêvent, mais moi, je n'irai pas jusque-là."

Emoluments

Il y a l'envie mais il y a surtout les statuts d'EELV. Des règles internes si baroques que peu osent les mettre en application, surtout quand il s'agit de radier l'un des siens. Chez les écologistes, ce sont les bureaux exécutifs régionaux qui décident des adhésions comme des exclusions. La direction nationale peut bien prononcer des suspensions en urgence mais le dossier devra tout de même passer entre les mains de l'exécutif local d'où vient le réprouvé. "Cela arrive très rarement et pour ainsi dire jamais", concède un ancien patron d'EELV.

Et si beaucoup prêtent à Sandrine Rousseau des intentions de rejoindre Jean-Luc Mélenchon et les insoumis, ce n'est pas le souhait de celle-ci pour l'heure. "Ils pensent que je vais aller chez Mélenchon, mais je ne le ferai pas", confirme-t-elle, sûre de ses plans. Elle estime que son score à la primaire écologiste (49 %) lui donne une légitimité suffisante pour flirter avec la déloyauté et, surtout, réclamer des émoluments. A commencer par une investiture aux législatives dans le 13e arrondissement.

"Je reste à EELV, mais en plus je continue à représenter quelque chose. Ça ne serait pas un très bon signal que je ne sois pas candidate", fait-elle savoir à 20 Minutes. Ceux qui ne veulent pas d'elle chez Jadot, à EELV ou dans le 13e ? Qu'ils viennent la chercher !