L'examen du projet de budget rectifié pour 2022 servait de test. Et il a bien souligné les dangers que court la nouvelle majorité présidentielle. Ce n'est pas un hasard si le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, en pleine nuit, a soudain demandé une seconde délibération sur un amendement qui prévoyait une revalorisation des pensions de retraites prenant en compte le niveau réel de l'inflation, soit 5,5 % pour 2022, alors que le gouvernement proposait une revalorisation cumulée à 5,1 %. L'amendement a finalement été annulé.
L'Elysée a identifié le risque rapidement : dès qu'il s'agira d'argent, il faudra redoubler de vigilance car l'Europe nous regarde. Evidemment Emmanuel Macron ne peut pas le crier sur tous les toits, pour ne pas enfreindre la liberté du Parlement, mais il ne veut pas de dérives financières incontrôlables. Ce mercredi matin 27 juillet, Bruno Le Maire a souligné, sur France Inter, "la responsabilité budgétaire". En privé, la Première ministre Elisabeth Borne répète volontiers qu'elle ne dispose pas d'"un carnet de chèques magiques" et voudrait bien que l'irresponsabilité ne gagne pas tous les rangs de l'Assemblée.
Tout commence au soir du second tour des élections législatives. Les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous. Sous le choc de la déception, Emmanuel Macron accuse le coup mais il trouve un moyen de passer ses nerfs : au fur et à mesure que tombe le nom des vainqueurs dans les 577 circonscriptions, il étudie le cas de tous les élus, notamment ceux de LR. Un par un, il veut voir ceux qui sont susceptibles de voter des textes. Dans les jours suivants, il énumère avec ses conseillers tous les scenarii possibles : la configuration dans laquelle les oppositions se coalisent et transforment un texte à l'Assemblée de telle sorte qu'il devienne invotable pour la majorité ; le risque, surtout, que les groupes hostiles à Emmanuel Macron votent parfois ensemble des mesures qui cassent les règles budgétaires. Ce qu'un proche du président résume en ces termes : "Si on fait exploser la banque à l'Assemblée, on est la Grèce dans deux ans !"
Montrer que le gouvernement maîtrise les députés
L'autre enjeu, qui rejoint le premier, porte sur la réalité du rapport de force entre l'exécutif et le législatif. Autrement dit, Emmanuel Macron dirige-t-il toujours le pays ou pas ? Que les projets de loi, présentés par le pouvoir, soient finalement adoptés permet de montrer que la France avance. Ce n'est pas un détail à l'heure où plusieurs gouvernements, un peu partout en Europe, tombent, faute de pouvoir résister à la crise économique qui se répand. "Si les marchés financiers voient qu'on ne maîtrise plus l'Assemblée nationale, on peut avoir de gros problèmes", prévient un macroniste du premier cercle.
C'est pourquoi le principal obstacle des mois à venir est déjà dans tous les esprits : il s'agit bien sûr du vote du budget - le projet de loi de finances - à l'automne. Emmanuel Macron a laissé entrevoir à plusieurs reprises ce qui constitue à ses yeux la vraie ligne rouge : le maintien de la France dans la zone euro. A l'évidence, c'est une crise autour de ce sujet qui justifierait, aux yeux du chef de l'Etat, le recours à la fameuse dissolution.
L'Europe, et notamment "le passage à la monnaie unique, indispensable si nous voulons nous affirmer comme une grande puissance économique et politique", avaient été évoquées par Jacques Chirac le 21 avril 1997, lorsqu'il avait décidé de dissoudre l'Assemblée nationale. Mais c'est une autre histoire...
