A chaque soirée électorale son lot d'enseignements. La victoire d'Emmanuel Macron (58,6%) face à Marine Le Pen (41,4%), dimanche 24 avril, n'échappe pas à la règle. Le second mandat du président sortant est notamment le fruit d'une abstention record qui devrait rouvrir la question de la refonte des institutions. La fracture sociale qui ressort des votes Macron-Le Pen porte également la marque d'un pays fracturé en deux, avec un parti d'extrême droit à son plus haut score historique dans une élection française.

Une abstention quasi record

C'est la plus forte abstention depuis près de 50 ans. Avec 28% d'abstention estimée, près d'un électeur sur trois ne s'est pas mobilisé ce dimanche. Le taux de participation se révèle inférieur à celui de 2017 (74,56%), mais aussi en dessous de celui enregistré lors du premier tour (73,69%).

Ce que le candidat insoumis, Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième au premier tour de l'élection, n'a pas manqué de souligner : "M. Macron est le plus mal élu des présidents de la Ve République" qui "surnage dans un océan d'abstentions, de bulletins blancs et nuls", a-t-il exprimé dans un discours iconoclaste, en réaction aux résultats du second tour.

Des reports de voix en faveur de Macron

Les reports de voix ont tourné à l'avantage d'Emmanuel Macron, surtout dans les rangs insoumis. S'ils ont été 44% à s'abstenir ou voter blanc, 38% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour ont mis un bulletin Emmanuel Macron dans l'urne contre 18% pour Marine Le Pen. Le président sortant a aussi profité des réserves de voix de Yannick Jadot (68%) et Valérie Pécresse (51%) tandis que Marine Le Pen a profité du ralliement des électeurs d'Eric Zemmour, candidat de Reconquête qui avait appelé à voter pour elle, le soir du premier tour.

Les reports de voix au second tour de l'élection présidentielle.

Les reports de voix au second tour de l'élection présidentielle.

© / Elabe

Un vote barrage plutôt qu'un vote d'adhésion

Un électeur sur deux a voté pour faire barrage à l'adversaire : c'est l'une des leçons de cet affrontement du second tour de l'élection présidentielle. 53% des votants ont ainsi choisi Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen tandis que 47% disent avoir glissé un bulletin dans l'urne dans une logique d'adhésion. Si le vote d'adhésion en faveur de Marine Le Pen est plus clair avec 59%, plus de deux électeurs sur cinq disent s'être prononcés pour faire barrage au président actuel.

Par ailleurs, seuls 5% des sondés disent avoir attendu le débat du second tour pour s'exprimer. 59% des électeurs disent avoir fait leur choix avant même les résultats du premier tour, 27% juste après ce fameux premier tour.

Plus haut score de l'extrême droite dans l'histoire

Marine Le Pen qui s'est présentée devant ses militants quelques minutes après la victoire de son adversaire Emmanuel Macron, s'est empressée de se féliciter du score de son parti en affirmant qu'il "représentait en lui-même une éclatante victoire". En recueillant 41,4% des voix, l'extrême droite atteint son plus haut niveau dans une élection présidentielle.

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Un équilibre des forces autour duquel la candidate malheureuse espère structurer la vie politique française comme elle l'a rappelé dans son discours de défaite : "A l'issue de cette séquence présidentielle, une grande recomposition se fait jour, avec l'effacement des partis autrefois dominants et l'affirmation face aux élites autoproclamées d'Emmanuel Macron du courant national comme véritable opposition. La partie n'est pas tout à fait jouée car dans quelques semaines auront lieu les élections législatives". La présidente du Rassemblement national a appelé à la mobilisation en vue du prochain rendez-vous démocratique afin que son parti puisse présenter des candidats dans chaque circonscription. Dans la soirée, Jordan Bardella, président du parti par intérim, a laissé entendre sur le plateau de TF1 que Marine Le Pen se présenterait dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais pour conserver son titre de députée.

Des déterminants sociaux particulièrement forts

Le vote a été particulièrement structuré par les origines sociales et géographiques des électeurs. Ce qui confirme encore un peu plus la fracture entre deux France. Emmanuel Macron doit sa victoire principalement à deux catégories d'âge les 18-24 ans (59% d'entre eux ont voté en sa faveur) et les plus de 65 ans (75%). Marine Le Pen arrive, en tête auprès des 25-34 ans et des 50-64 ans.

Le vote du second tour réparti selon les âges.

Le vote du second tour réparti selon les âges.

© / Elabe

A noter que ce sont les ouvriers (68 %) et les employés (56%) ont plébiscité Marine Le Pen lorsqu'Emmanuel Macron a fait le plein auprès des cadres (71%) et des retraités (72 %). Enfin, Emmanuel Macron a très largement convaincu les grandes villes quand Marine Le Pen est au coude à coude avec le président sortant dans les territoires ruraux. Les grandes villes prendront-t-elles le pas sur la ruralité lors des élections législatives ? La réponse dans plus d'un mois.