C'est Eric Zemmour lui-même qui, rêvant de copier le schéma d'Emmanuel Macron en 2017, le confiait en décembre. "Le moment venu, on aura notre Bayrou, l'idéal serait Marion Maréchal. Et Philippe de Villiers sera notre Gérard Collomb." Ce que le candidat avançait, le journaliste ne l'aurait pas écrit. Car le parallèle, s'il est flatteur, est trompeur. "Une bêtise", confie le principal intéressé, à savoir François Bayrou.
Le 22 février 2017, le centriste annonce qu'il a "décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d'alliance". Il ne l'aimait vraiment pas, le premier rendez-vous entre les deux, en juillet 2016 à Pau, s'était mal passé, et pour couronner le tout, une fuite avait été immédiatement organisée dans la presse, ce qui avait rendu le Béarnais furieux. Mais juste avant Noël, en entendant l'ex-ministre de l'Economie de François Hollande discourir sur la bienveillance, il avait décidé de regarder de plus près sa démarche. Des rencontres secrètes avec l'émissaire Gérard Collomb dans le bureau de Jacqueline Gourault au Sénat, puis une discussion en tête-à-tête et le 23 février - à exactement deux mois du premier tour -, les deux hommes apparaissent côte à côte au palais de Tokyo à Paris : quatre conditions, dont la proportionnelle aux législatives - comme quoi en politique les promesses n'engagent que ceux qui les croient - pour un accord censé marquer "un tournant dans la vie politique".
A ce moment-là de la campagne, François Bayrou avait indiqué qu'il était prêt à tout faire "pour que la France s'en sorte", alors que François Fillon était affaibli dans l'affaire des emplois supposés fictifs de son épouse. De son côté, Emmanuel Macron traversait une période de très fortes turbulences : après avoir lancé en meeting qu'"il n'y a pas de culture française, il y a une culture en France", il avait créé la polémique en qualifiant lors d'un déplacement en Algérie la colonisation de "crime contre l'humanité". Bayrou achète donc du Macron à la baisse. Et, cas unique dans l'histoire d'une présidentielle, les intentions de vote du candidat augmentent immédiatement du score que les sondages prêtaient au centriste. C'est une étape décisive dans l'ascension du futur président, une caution de crédibilité pour un jeune homme sans expérience.
Il a un CV imposant, elle est une égérie
A ce jour - à deux mois et une semaine du premier tour de l'élection -, Marion Maréchal n'a pas rejoint Eric Zemmour, elle "penche" pour lui. Son CV et donc son poids politique ne sont pas exactement les mêmes que ceux de François Bayrou. Elle a été députée cinq ans et c'est à peu près tout ; lui, en 2017, a déjà été trois fois candidat à l'Elysée, quatre ans ministre, presque trente ans président de parti, dix ans député. Il incarne un courant de la vie politique française, elle est une égérie - ce n'est pas rien, mais ce n'est pas la même chose. "Elle est un prénom pour les électeurs LR et un nom pour les électeurs RN", se réjouit Guillaume Peltier. Cela fait d'elle une figure de l'accomplissement de l'union des droites ainsi qu'une porte d'entrée pour les sympathisants LR, notamment les fillonistes pour qui elle porte une vision libérale sur l'économie et conservatrice sur le sociétal.
François Bayrou - même les macronistes qui ne sont pas fous de lui en conviennent - fournit pendant la campagne "un éclairage et une solidité à la campagne qui se révèlent utiles". Marion Maréchal n'apporte rien de tout cela, elle est un missile dirigé contre la rivale Marine Le Pen, et donc une marque qui entraîne la crise dans l'autre marque. Le duo Bayrou-Maréchal dit au fond beaucoup de la différence de démarche entre Eric Zemmour et Emmanuel Macron, ces deux hommes déboulant dans le jeu politique pour faire turbuler le système. François Bayrou constitua un vrai plus pour conquérir le pouvoir ; Marion Maréchal est un plus pour faire de la politique, et c'est ce que veut vraiment Eric Zemmour, ce qui semble le plus à sa portée : recomposer les droites plutôt que devenir président.
