"Tu tires ou tu pointes ?" Mardi 3 mai, à Aix-en-Provence, le soleil brille presque autant que les boules de pétanque de Stéphane Ravier, qui accueille, devant les militants de Reconquête, un invité surprise. Plus de trois semaines après le premier tour de l'élection présidentielle, où il n'a obtenu que 7% des suffrages, Éric Zemmour s'offre une séquence calinothérapie en région Paca. Pour l'occasion, il a lâché sa panoplie du parfait candidat. Les costards bleu marine ont laissé place à une légère chemise dont les premiers boutons sont détachés, et ses petites lunettes rondes ont été troquées contre des Ray Ban aux verres fumés. Sur place, les militants lui réservent, comme toujours, un accueil chaleureux. De quoi se replonger dans la bulle qui l'a entouré tout au long de sa campagne, et dont les résultats du premier tour l'ont brutalement sorti.

LIRE AUSSI : Législatives dans le Sud : comment Le Pen veut achever Zemmour

"Cette ambiance chaleureuse, c'est ce qui lui a permis de voir que, finalement, il était toujours attendu", assure un proche. A en croire son entourage, c'est ce premier déplacement post-défaite qui a permis au candidat malheureux de se rebooster, et de retrouver la motivation pour une nouvelle échéance électorale. Car Éric Zemmour l'a annoncé, ce jeudi : il sera candidat dans la 4e circonscription du Var, et lancera sa campagne, à 18h, à Cogolin. Le maire, Marc-Etienne Lansade, ancien membre du Rassemblement national, a été l'un de ses premiers soutiens. Sur la circonscription, le candidat d'extrême droite a obtenu 15% des voix au premier tour. Mais si les zemmouristes assurent que la sociologie électorale de la circonscription leur est favorable, les chances de victoire restent très minces.

Quel message envoie-t-on si Eric Zemmour se fait taper au premier tour de la présidentielle, puis un mois plus tard aux législatives ?

La question de sa candidature a été longuement discutée. En interne, plusieurs cadres le poussaient à préférer une posture tutélaire, de soutien aux candidats, plutôt que de prendre le risque d'une nouvelle défaite. "Il ferait mieux de rester en surplomb, assurait l'un d'entre eux. Quel message envoie-t-on si Eric Zemmour se fait taper au premier tour de la présidentielle, puis un mois plus tard aux législatives ?" Les résultats décevants du premier tour et le refus du RN de passer une alliance ont douché les velléités électorales de plusieurs membres du mouvement. Et l'absence d'engagement des principales figures du parti n'est pas passée inaperçue. Le RN, notamment, en a rapidement fait un argument. "C'est très cocasse pour un parti qui s'appelle Reconquête ! de voir qu'aucun cadre n'a le courage de partir au combat", s'est d'ailleurs moqué Jordan Bardella, ce mercredi, en marge d'une conférence de presse.

LIRE AUSSI : Législatives : Macron et la bouillie, la droite et la soupe, le PS et le plat de lentilles

Plusieurs cadres locaux commençaient, eux aussi, à grogner. "Il fallait qu'il se présente, évidemment, réagit l'un d'entre eux. Je n'ai pas compris cette période de flottement, ça posait quand même un gros problème qu'aucun des hauts cadres ne s'engage dans cette élection quand on demande à tous les militants de se mobiliser." Alors le premier cercle d'Eric Zemmour en appelle à l'image napoléonienne. Bien sûr, le chef ira. "Il mènera le combat aux côtés de tous ceux qui vont le mener, pour défendre ses idées", vante une proche. Et Guillaume Peltier, vice-président du parti, de rappeler l'épisode du pont d'Arcole, où "Bonaparte se saisit toujours du drapeau pour emmener ses troupes". Dans la bouche de ses soutiens, Eric Zemmour passe soudainement de candidat défait au chef de guerre, remonté fièrement sur son cheval. "Prenant acte que le RN ne souhaite pas travailler avec nous, il prend ses responsabilités et c'est tout à son honneur", assure Sébastien Pilard, lui-même candidat dans le 16e arrondissement parisien. Une façon, aussi, de faire taire les moqueries frontistes. "Ils ne pourront plus dire qu'on ne se mouille pas !", lance un autre candidat Reconquête du Sud.

La culture du coup politique, qu'importe l'impact électoral

Mais la candidature Zemmour est un moyen, surtout, de redonner du souffle à une campagne qui battait déjà de l'aile, alors que les projections n'accordent aucun député à son parti. Election après élection, la culture du coup politique plane sur Reconquête. "Il fallait bien trouver quelque chose pour redynamiser cette campagne, sa candidature va permettre de la tirer", revendique un cadre. "Dans le Sud, cette nouvelle a re-galvanisé toutes nos troupes", acquiesce un référent local. Et tant pis s'il ne s'agit que d'un miroir grossissant, sans impact électoral réel. Avec ce nouveau coup médiatique, le parti d'extrême droite espère redonner une dimension nationale à sa campagne, faisant d'Eric Zemmour l'arbre qui cache une forêt. "Sa candidature va permettre de focaliser l'attention médiatique sur sa circonscription", revendique un stratège.

LIRE AUSSI : LR et les législatives : une campagne souterraine pour "être utiles face aux inutiles"

Au RN, on regarde de loin le phénomène. "Je n'ai aucune appréhension, Eric Zemmour ne sera pas au second tour, assure Philippe Olivier, bras droit de Marine Le Pen. Le candidat RN sera maintenu quoi qu'il arrive, et surtout face à Eric Zemmour. Quant à son électorat, plutôt bourgeois, il retournera au vote LR pour cette élection à l'enjeu local." Plus encore, les frontistes espèrent un plantage en bonne et due forme de leur rival, qui devrait permettre de l'enterrer une bonne fois pour toute. "Deux défaites d'affilée, il ne s'en remettrait pas", savoure un élu. Mais à Reconquête, l'argument ne prend pas. Les chances de victoire, elles, sont écartées depuis longtemps. "La victoire est quasi impossible, certes, mais les gains sont supérieurs aux inconvénients, assure un conseiller. Il peut tout à fait réaliser un score honorable, et s'il n'est pas élu, cela ne ça ne présente aucun caractère de gravité par rapport à l'inscription du mouvement dans la continuité du combat idéologique et électoral avec les européennes à venir."