D'un côté, une attaque contre le siège de Charlie Hebdo, en plein coeur du 11e arrondissement de Paris. Douze morts, quatre blessés graves et une chasse à l'homme de deux jours qui s'est achevée par la mort des deux terroristes qui en étaient à l'origine. De l'autre, l'assassinat de sang froid d'une professeure de fitness, Aurélie Châtelain et un blessé grave, le djihadiste présumé qui se serait tiré lui-même une balle dans la jambe par mégarde. Et surtout, un drame évité de justesse: un attentat contre une église de Villejuif pendant la messe dominicale. Dix jours après l'arrestation de Sid Ahmed Ghlam, les enquêteurs s'interrogent sur d'éventuelles connexions avec les frères Kouachi qui ont mis la France à feu et à sang début janvier. "Toutes les pistes sont étudiées, celle-là en fait partie. Comme d'autres", indique, prudente, une source judiciaire.
Selon le Le Canard Enchainé, l'homme de 24 ans entretenait des liens étroits avec des membres de la "filière des Buttes-Chaumont" qui organisait entre 2003 et 2005 des départs pour faire le djihad en Irak. C'est au sein de cette cellule que le cadet des frères Kouachi, Chérif, se serait radicalisé au point d'y jouer un rôle majeur. Arrêté en 2006 alors qu'il s'apprêtait à partir à Damas, il a été condamné en mars 2008 à trois ans de prison.
D'anciens membres encore actifs
Pourtant, au moment du démantèlement de la filière, en 2005, Sid Ahmed Ghlam n'a que 14 ans et vit en Algérie. Le jeune homme a, en effet, passé sa jeunesse entre la ville de Tiaret, d'où il est originaire, et Saint-Dizier, en Haute-Marne. Il arrive en France en 2001, à l'âge de 10 ans, puis rentre en Algérie en 2003, faute de papiers. Il ne revient dans l'Hexagone qu'en 2009 pour étudier l'électronique, une fois son bac passé.
Le djihadiste présumé aurait-il rencontré d'anciens membres à son retour en France? "Cette information est en cours de vérification", indique le parquet. Seule certitude: Sid Ahmed Ghlam était en contact régulier avec un djihadiste posté en Syrie. C'est notamment par son intermédiaire qu'il aurait récupéré les armes et décidé de cibler une église. Ce "cerveau" des opérations pourrait-il être un membre de cette filière? Impossible à dire pour l'instant mais plusieurs terroristes condamnés dans ce dossier sont sortis de prison et certains seraient actuellement en Syrie. Parmi eux, Boubakeur el-Hakim, mentor des frères Kouachi, et membre de l'entourage d'Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l'organisation Etat islamique.
Ghlam et Kouachi, voisins à Reims?
Autre élément qui intrigue les enquêteurs: selon Le Canard Enchainé, le jeune Algérien aurait résidé à quelques rues du domicile de Saïd Kouachi, dans le quartier de la Croix-Rouge à Reims. Selon nos informations, Sid Ahmed Ghlam y était inscrit en licence, vraisemblablement en "Sciences de l'ingénieur", en 2013. Il y serait resté quelques mois avant de poursuivre sa formation à Paris, à l'université Pierre-et-Marie-Curie. Cette proximité géographique ne constitue pas, en l'état, une preuve mais les enquêteurs cherchent à savoir si les deux hommes se sont rencontrés.
"Le milieu djihadiste français n'est pas aussi important qu'il n'y paraît, indique une source policière. Il n'est donc pas impossible qu'ils se soient croisés." Les enquêteurs sont activemement à la recherche de complices: un homme dont l'ADN a été retrouvé sur la voiture dans laquelle Sid Ahmed Ghlam aurait trouvé son armement a été déféré ce mercredi après-midi.
