C'est le premier procès pour des attaques terroristes commises en France depuis celui du frère de Mohamed Merah en 2017. Devant une cour d'assises spécialement constituée s'ouvre ce mercredi à Paris le procès-fleuve sur les attaques de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, Montrouge et l'Hyper Cacher. Parties civiles, durée, accusés... Les débats seront en tout point particuliers et promettent de faire replonger le pays dans de douloureux souvenirs.
Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi assassinent onze personnes au sein de la rédaction du journal satirique : Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, Elsa Cayat, Bernard Maris, Franck Brinsolaro, Mustapha Ourrad, Michel Renaud et Frédéric Boisseau. Les deux djihadistes français blessent onze autres victimes avant de tuer, pendant leur fuite, un policier déjà blessé, Ahmed Merabet. Les meurtriers seront finalement abattus deux jours plus tard par le GIGN, dans une imprimerie de Seine-et-Marne où ils s'étaient réfugiés.
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Le lendemain, Amedy Coulibaly, un Français proche des frères Kouachi, assassine la policière municipale Clarissa Jean-Philippe à Montrouge, blessant grièvement du même coup un civil. Le 9 janvier, toujours en fuite, le djihadiste prend en otage les clients d'une supérette casher à la porte de Vincennes, et tue quatre d'entre eux, avant d'être abattu lors d'un assaut du RAID et la BRI.
Repoussé pour cause de virus
Le procès devait initialement se tenir du 4 mai au 10 juillet mais la crise du coronavirus est venue chambouler le programme.
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Il a donc été reporté au 2 septembre et se tiendra sous haute surveillance au tribunal judiciaire de Paris, plus précisément dans "la plus grande salle d'audience du palais, qui comporte deux box pour les accusés et permet d'accueillir 150 personnes, contre 300 en temps normal", affirme Le Figaro.
Près de cinquante jours d'audience
La durée du procès est exceptionnelle : 49 journées d'audience sont prévues du 2 septembre au 10 novembre devant la cour d'assises spéciale composée de cinq magistrats professionnels, deux suppléants et trois greffiers et présidée par Régis de Jorna. Deux avocats généraux représenteront l'accusation, Jean-Michel Bourlès et Julie Holveck.
"Nous avons commencé à travailler à l'organisation de ce procès le jour même de l'installation du parquet national antiterroriste, en juillet 2019, car la tâche était immense", confie ainsi Jean-François Ricard, procureur de ce parquet spécialisé au Figaro.
Témoignages de victimes pendant trois semaines
Selon Franceinter, qui dévoile le calendrier des audiences prévu pour les prochaines semaines, après trois premiers jours autour du rapport du président et de la personnalité des accusés, les victimes des attentats et les familles des victimes vont venir témoigner à la barre pendant trois semaines.
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L'enquête sera ensuite abordée à partir du 28 septembre. Les plaidoiries sont prévues pour commencer à partir du 27 octobre pour les défenseurs des parties civiles, et à partir du 3 novembre pour ceux de l'accusation.
Le réquisitoire de Jean-Michel Bourlès et Julie Holveck devrait tomber le 2 novembre pour un délibéré au 9 novembre et un verdict le lendemain.
200 parties civiles constituées et 94 avocats
Le nombre de parties civiles, 200, et d'avocats, 94, engagés dans ce procès illustrent bien le caractère particulier du rendez-vous judiciaire.
Le procès sera filmé et retransmis dans des salles d'audience à la capacité réduite en raison des règles sanitaires alors que 90 médias ont été accrédités, dont 27 médias étrangers.
Au moins 144 témoins convoqués
144 témoins et 14 experts ont d'ores et déjà été convoqués pour ce procès-fleuve, dont les audiences devaient être filmées. Parmi eux, une petite quinzaine de policiers antiterroristes, membres de la sous-direction antiterroriste (SDAT), de la section antiterroriste (SAT) de la Brigade criminelle ou à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
La plupart sont désignés par de simples matricules sur la liste des témoins dont les parties ont eu connaissance, afin de protéger leur anonymat. Dix enquêteurs de personnalité et de nombreux proches des quatorze suspects figurent également sur cette liste.
14 accusés mais des absents
Les quatorze suspects sont soupçonnés à des degrés divers de soutien logistique aux frères Kouachi et Amedy Coulibaly.
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Mais trois d'entre eux, visés par un mandat d'arrêt, manquent à l'appel. Leur mort en zone irako-syrienne, évoquée par plusieurs sources, n'a jamais été officiellement confirmée. Parmi eux, Hayat Boumedienne, la compagne d'Amedy Coulibaly qui a rejoint la zone irako-syrienne quelques jours avant les attaques de janvier 2015, en compagnie des deux frères Belhoucine, dont l'aîné Mohamed est considéré comme le mentor d'Amedy Coulibaly.
L'attaque visant Charlie Hebdo avait été revendiquée du Yémen par al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), dont un cadre proche des deux frères, Peter Cherif, a été arrêté le 16 décembre à Djibouti et remis à la France. Il a été mis en examen dans ce volet en juillet, et sa possible implication ne sera pas examinée lors du procès de 2020. Au total, la vague d'attentats perpétrés en France depuis janvier 2015 a fait 255 morts.