C'est ce qui s'appelle monter en grade. Déjà intégré à la banque d'affaires comme conseiller extérieur depuis 2018, l'ancien parlementaire et ministre de l'Economie François Baroin a été nommé ce jeudi en tant que président non-exécutif de la filiale française de Barclays, un poste de représentation créé pour l'occasion. François Baroin "dispose d'une connaissance de l'écosystème politique et économique français quasiment inégalée", a justifié Raoul Salomon, directeur général de Barclays dans l'Hexagone, et responsable des activités de marchés pour toute l'Europe. Baroin, toujours maire de Troyes, dirigeait jusqu'en 2021 la puissante Association des maires de France (AMF). Cette figure de la droite tourne néanmoins un peu plus la page de la politique, lui qui dès l'automne 2020 avait décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle de 2022 chez Les Républicains (LR).

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Sa trajectoire peut surprendre. Il n'est en vérité ni le premier ni le dernier à "pantoufler" (le fait pour un haut fonctionnaire de voyager du public vers le privé). La pratique pose cependant des problèmes éthiques et déontologiques, surtout quand les allers-retours entre les deux mondes se multiplient et concernent des milieux connectés. Le président de la République Emmanuel Macron, parti de l'inspection des finances pour la banque Rothschild avant son élection en est un autre exemple. Récemment, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a bloqué le pantouflage de Nicolas Bays, compagnon et ex-conseiller de la ministre de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher, vers l'entreprise iséroise Soitec.

"Une partie des élites d'Etat fabriquées à l'ENA [Ecole nationale de l'administration] (...) conçoivent leur mission comme une carrière classique, où les passages dans le privé sont prévus dès le commencement", écrivait en octobre, L'Express, dans une grande enquête embrassant en partie ce sujet empoisonnant les plus hautes sphères. Quels en sont les autres exemples retentissants de départ vers le privé parmi les ministres et secrétaires d'Etats, postes pourtant convoités dans le cursus honorum républicain ?

A droite, NKM, Fillon, Raffarin...

Après une campagne pour la présidentielle houleuse, en 2017, sur fond d'enquêtes (depuis concrétisées) sur les accusations d'emploi fictif liées à sa compagne Penelope, François Fillon s'est vite replié vers le privé. Comme François Baroin, l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a choisi le monde des affaires et Tikehau Capital, une entreprise française de gestion d'actifs et d'investissement, avec laquelle il collabore dès septembre 2017. Quatre ans plus tard, en 2021, il tisse sa toile vers la Russie, où il rejoint le conseil d'administration du groupe pétrolier public russe Zaroubejneft. En décembre de la même année, il rejoint le conseil de la société Sibur, dirigée par un proche de Vladimir Poutine.

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Comme lui, la polytechnicienne Nathalie Kosciusko-Morizet, n'est pour le moment jamais retournée dans le public. L'ancienne ministre de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, battue aux législatives de 2017, file à l'époque vers la Tech et Capgemini, aux Etats-Unis. Elle a rejoint l'année dernière le fonds d'investissement Antin, avec une mission plus orientée vers le développement durable, les infrastructures vertes.

Toujours en 2017, un vieux routier de la droite, Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac, filait aussi vers le privé. En janvier 2018, il rejoint le conseil d'administration de la filiale chinoise du groupe Plastic Omnium, et noue des relations avec d'autres entreprises installées en Chine.

Benoist Apparu, ancien ministre du Logement dans le gouvernement Fillon, et après avoir quitté LR, avait non sans ironie rejoint Action Logement en 2017. C'est l'un des rares à avoir gardé prise, par la suite, avec le monde politique, en se faisant réélire à la mairie de Châlons-en-Champagne (Marne) en 2020.

Cazeneuve, Pellerin... La gauche n'est pas en reste

Après la dégringolade de François Hollande, une partie des figures de la gauche sont aussi parties vers le privé. Le dernier Premier ministre socialiste en date, Bernard Cazeneuve, a ensuite repris sa carrière comme avocat, notamment au sein du cabinet August Debouzy. Il prend également la présidence du conseil d'administration de l'Institut d'études politiques de Bordeaux.

Que devient Jean-Marie Le Guen ? L'ancien chargé des Relations avec le Parlement dans les gouvernements Valls I et II, avait rejoint Siaci Saint-Honoré, le premier courtier en assurance indépendant français, en 2017. Il a ensuite, le 13 septembre 2020, rejoint le conseil d'administration de Huawei France, en prenant la place d'un autre ancien ministre (de l'Ecologie cette fois), Jean-Louis Borloo.

Fleur Pellerin n'a, de son côté, pas fait de vieux os dans la politique, malgré l'obtention de deux maroquins sous François Hollande, aux PME et à l'innovation dans un premier temps, puis à la Culture. Après avoir occupé plusieurs postes dans la technologie, elle est entrée en octobre 2019 au conseil d'administration du groupe Reworld Media (Auto Plus, Télé Star), ainsi que chez Schneider Electric ou encore KLM. Elle est enfin à la tête de CannesSerie, le festival de Cannes dédié aux séries télévisées.

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Toutes ces personnalités n'ont jamais vraiment repris pied en politique. Tout le contraire d'Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'Economie, tout juste retiré de la course à l'Elysée pour 2022. Déjà battu à la primaire de la gauche en 2017, il s'était lancé dans la production et l'exploitation de miel.

Najat Vallaud-Belkacem, elle aussi, a retenté sa chance en politique récemment. L'ex-ministre de l'Education nationale s'est cependant inclinée aux élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes en Juin 2021. Elle avait, entre 2018 et ce retour raté, occupé divers postes chez le sondeur Ipsos, dans l'enseignement (Sciences Po), l'édition (Fayard) ou encore l'humanitaire (ONG One, Tent).