Son "grand retour" fait couler de l'encre. En retrait de la vie politique depuis plus de deux ans, Najat Vallaud-Belkacem reprend du service au Parti socialiste. A l'approche des élections municipales, l'ancienne ministre de l'Education nationale s'est rendue, cette semaine, à Grenoble, puis à Lyon, pour soutenir les candidats locaux du parti à la rose. L'occasion pour elle de sortir du silence et d'acter, pour de bon, son retour dans l'arène.

En 2017, après sa défaite aux élections législatives à Villeurbanne, face à Bruno Bonnell (LREM), l'ex locataire de l'hôtel de Rochechouart avait souhaité prendre du recul, et avait intégré la direction de l'institut de sondage Ipsos. Mais fin décembre, annonçant sa volonté de "retrouver sa liberté de parole" et "reprendre une place et un rôle dans le débat public", Najat Vallaud-Belkacem démissionne. Elle se dit alors prête à reprendre les armes pour se lancer dans la bataille des idées. Faut-il y voir un retour à la vie politique ? "C'est plutôt une continuité de tout ce qu'elle a pu faire jusqu'alors", tempère-t-on dans son entourage.

Des apparitions perlées

"Continuité" : le choix des mots importe. "Si on reprend l'ensemble de ce qu'elle a dit, elle n'a jamais vraiment fait ses adieux à la vie politique", affirme François Pirola, son conseiller au ministère de l'Education nationale, dont elle est restée proche. Najat Vallaud-Belkacem a d'ailleurs fait, ces derniers mois, quelques apparitions perlées. Un discours de soutien à Raphaël Glucksmann à Paris, lors de la campagne européenne, l'animation d'un "procès de la Ve République" aux Universités d'été de la Rochelle qui se sont tenues au mois d'août... Des signaux brefs, mais puissants, pour montrer à ses anciens camarades qu'elle était toujours là. Et qu'il faudra désormais compter avec.

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"Elle travaille aujourd'hui dans la continuité de ce qu'elle a toujours fait, et veut prendre part à la refondation de la gauche par le domaine des idées", détaille François Pirola. Pendant ces deux ans, loin des bureaux nationaux et du siège du parti, l'ancienne ministre a réuni régulièrement ses anciens collaborateurs, et plusieurs acteurs du monde intellectuel pour évoquer son engagement. Ce petit cercle de soutien s'est depuis structuré sous forme associative. Baptisée "Raison de plus", l'association entend formaliser ses contributions au débat des idées. "Sans autre ambition", assurent-ils.

"Elle ne doit pas se lancer dans une aventure individuelle"

Côté socialiste, la direction accueille ce retour avec le sourire. "C'est un signe que le Parti redevient attractif, soutient un conseiller. Olivier Faure cherche à reconstruire le parti, et tout ce qui permet de montrer que le parti reprend de la vitalité est le bienvenu". "Najat Vallaud Belkacem est une icône du quinquennat Hollande, donc tant mieux qu'elle soit dans le circuit, elle peut apporter beaucoup à l'esprit de reconquête : on a besoin de tout le monde", renchérit le sénateur Patrick Kanner. Mais d'autres ne peuvent s'empêcher de se questionner sur les ambitions de l'ancienne ministre de François Hollande. Dans les couloirs du nouveau siège, à Ivry-sur-Seine, les rumeurs circulent déjà. On parle de visées présidentielles, ou, à plus court terme, d'une candidature à la tête de la région Île-de-France. "C'est un moyen pour elle de prendre la température !", affirme un membre du Bureau national. L'intéressée ne s'est, pour l'heure, pas prononcée sur le sujet.

Certains l'accusent pourtant déjà de vouloir brûler les étapes en se lançant dans une aventure individuelle. "Aujourd'hui les Français ne pensent pas qu'on soit en mesure de proposer un projet qui leur parle, grogne un cadre. C'est sur le projet que nous devons nous concentrer. Il faut que les gens arrêtent de penser qu'ils y arriveront seuls, à la seule force de leur personnalité. Je ne crois pas à la théorie du sauveur, ou plutôt de la sauveuse suprême". "Son retour est une bonne chose, mais elle ne doit pas se lancer dans une aventure individuelle, met en garde Patrick Kanner. Personne, aujourd'hui, ne peut prétendre être l'homme ou la femme présidentielle". Parmi ses proches, on tente d'apaiser la situation. "Les membres du parti parlent de ses ambitions, parce qu'ils connaissent le calendrier électoral, c'est purement factuel. Elle n'a affiché aucune volonté de briguer un mandat". Et d'ajouter, l'air de rien : "Il n'empêche que le calendrier est ce qu'il est, et qu'elle fait avec".