Manuel Valls change de cap. Depuis l'annonce de sa candidature, il a longtemps semblé se perdre en essayant de "gauchiser" son discours pour convaincre la base socialiste. Résultat: une impression d'incohérence entre le Valls chef de gouvernement et le Valls candidat. Preuve en était avec sa proposition de supprimer un article 49.3 dont il a usé, abusé dirons ses contradicteurs, lorsqu'il était en poste à Matignon.

Ce dimanche soir sur BFM, le candidat a changé de braquet. les thèmes abordés lui ont permis de retrouver ses fondamentaux et face à ses contradicteurs, une ligne politique qui a si souvent agacé dans son propre camp. Il faut dire que le décor a rapidement été planté. Manuel Valls s'est retrouvé confronté aux nombreuses attaques de ses principaux concurrents socialistes liées à son bilan. Une tendance qu'il n'a jamais cherché à inverser. Au contraire: il l'a amplifiée, répétant à l'envi sa fierté d'avoir gouverné.

Une pause dans l'accueil des migrants

A plusieurs reprises, Manuel Valls a pu appliquer cette stratégie. Sur les migrants, pour commencer. Pendant que Benoît Hamon et Vincent Peillon réclament une plus grande générosité dans la politique migratoire, Valls fait sauter les totems de la gauche. Loin du visa humanitaire proposé par Hamon, il se positionne pour une "pause" dans l'accueil des migrants. "Si nous n'écoutons pas les peuples, l'Europe peut mourir", se justifie-t-il.

En procédant ainsi, Valls tente de prendre de la hauteur. Il s'inscrit cette fois en cohérence avec ses déclarations passées. Il crée le débat. Car ses adversaires n'ont eux pas manqué de l'attaquer frontalement. Peillon l'accuse de ne pas avoir tenu parole au sujet du quota de migrants que la France a promis d'accueillir. Il ressent un "désaccord profond".

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Pas de légalisation ou de dépénalisation du cannabis

La stratégie portée ce dimanche soir était encore plus visible lorsque les candidats ont été interrogés sur la légalisation ou la dépénalisation du cannabis. Lorsque Vincent Peillon et Arnaud Montebourg choisissent de botter en touche, il est le seul avec Benoît Hamon à assumer une ligne franche.

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Le premier s'est prononcé pour la légalisation. l'idée étant de mettre un terme aux trafics et d'investir dans la prévention. Impensable, selon Manuel Valls. Il estime au contraire que pour assurer la bonne marche d'un pays, "il faut des interdits, il faut des règles". Son credo. Reste à savoir si ce revirement stratégique lui sera bénéfique la semaine prochaine, pour le premier tour de la primaire.