Chaque candidat a été accompagné, dans sa course électorale, par un homme ou une femme de confiance. Directeurs de campagne officiels ou officieux, stratèges plus ou moins inspirés, ces incontournables ont pensé la communication et le positionnement de leurs poulains, avec, le plus souvent,la confiance aveugle de ces derniers.
Emmanuel Macron

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Qui d'autre ? Maître revendiqué des horloges, des siennes comme de celles des autres, friand de débats sans jamais vouloir en organiser avec ses concurrents, Emmanuel Macron est le seul à décider de comment, pourquoi et quand troquer son costume de président pour ses gants de candidat. Bien sûr, le sortant a une tripotée de stratèges autour de lui, plus ou moins politiques, plus ou moins technos : son secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, son conseiller en communication Clément Léonarduzzi, sa plume Jonathan Guémas, son conseiller politique Thierry Solère... Mais in fine, le bicéphale prend ses décisions in petto, comme il aime tant le dire. Jupitérien, mais à double tranchant : son train de sénateur, son manque de risques, ce léger sentiment d'ennui, à qui peut-on le reprocher, si ce n'est à lui ?
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Marine Le Pen

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Le député européen est à la fois le beau-frère, le conseiller spécial et la plume (parfois lyrique) de Marine Le Pen. Après quinze ans loin du Front national de Jean-Marie Le Pen, l'ancien mégrétiste joue désormais les premiers rôles auprès de sa fille. Malgré sa culture identitaire, le sexagénaire est aujourd'hui l'artisan principal de la stratégie de banalisation de la candidate. Aux journalistes, il répète inlassablement depuis le début de la campagne cette certitude : "la radicalité, ça plafonne à 15 %". Persuadé qu'en temps de crise, les Français se tourneront vers une figure rassurante, le stratège a refusé de courir après Eric Zemmour, en encourageant Marine Le Pen à embrasser la thématique du pouvoir d'achat. Omniprésent dans la campagne, l'homme est réputé pour avoir cinquante idées par jour, parmi lesquelles quelques mauvaises, comme ce slogan "Libertés, libertés chéries", adopté en septembre par Marine Le Pen avant d'être mis au placard, car jugé trop abstrait.
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Jean-Luc Mélenchon

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C'est l'artisan des défaites heureuses de 2017 et des campagnes conquérantes comme celle qui vient de s'achever. Il en est à sa quatrième élection : deux présidentielles, deux européennes. "Le savoir-faire accumulé", dit de lui Mélenchon. Au lendemain de 2017, l'incontournable stratège de l'Insoumis se remet au travail pour analyser les raisons de la défaite. Où se trouvaient donc ces 600 000 voix manquantes ? Il fait de l'abstention une obsession. L'ingénieur de formation avait eu la lourde tâche de succéder à François Delapierre, le fils spirituel de Mélenchon emporté par la maladie en 2015. On présente souvent Bompard comme l'alter ego du chef, l'un ne prend aucune décision sans consulter l'autre, comme s'il était l'unique héritier légitime. Adrien Quatennens, Clémentine Autain, Mathilde Panot..., les autres enfants prodiges de Jean-Luc Mélenchon, le laisseront-ils faire ?
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Eric Zemmour

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Si son titre officiel était celui de "directrice de la stratégie", Sarah Knafo était en fait la directrice de campagne officieuse d'Eric Zemmour depuis les débuts. Lui-même l'a affirmé : "Il n'y aurait pas eu de campagne sans elle." En interne, on l'a vite compris : rien ne pouvait être validé sans qu'elle ait donné son accord en amont. C'est sa signature que l'on retrouve tout au long de ces six mois : elle qui assure qu'il faut mettre en avant la radicalité, elle qui revendique que les Français attendent Eric Zemmour sur deux thématiques seulement : l'identité et l'immigration. Elle, finalement, qui donne à la campagne cette tonalité si particulière. Au risque, parfois, de tomber dans le piège de l'isolement, pour tenir à tout prix la ligne des débuts, sans prendre en compte les dommages causés par les séquences ratées.
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Valérie Pécresse

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"Sorcier", "talisman"... Patrick Stefanini était auréolé d'une réputation de faiseur de rois à droite. Après avoir dirigé les campagnes victorieuses de Jacques Chirac en 1995 et 2002, il s'est mis cette fois au service de Valérie Pécresse. Ses talents d'organisateur dans la course aux adhésions à LR ont contribué au triomphe de la présidente d'Ile-de-France au congrès du parti. La suite est moins glorieuse. La campagne de sa candidate s'est révélée appliquée, mais l'homme n'a pas réussi à enrayer son inexorable chute. Il serait injuste de lui attribuer cet échec, en partie dû à l'état de la droite et à la personnalité de Valérie Pécresse. Mais l'ancien préfet n'est pas parvenu à rendre concis le message de sa candidate, dont le programme s'est trop apparenté à un catalogue de mesures techniques.
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Yannick Jadot

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Le rôle du directeur de campagne, c'est celui de chef d'orchestre. Sans aucun doute, Sandrine Rousseau aura joué tambours et trompettes dans la campagne de Yannick Jadot, bien plus que le véritable patron Mounir Satouri, député européen inconnu au bataillon et allègrement critiqué en interne. C'eût été un coup de génie de Yannick Jadot que d'installer la finaliste malheureuse de la primaire écolo aux manettes de sa campagne, mais ni lui ni elle ne le souhaitait : des lignes politiques bien trop différentes, des rancoeurs, des ambitions qui s'entrechoquent... Au moins Rousseau aura-t-elle fait parler de la campagne Jadot, plus que lui-même à l'évidence.
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Fabien Roussel

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D'aucuns surnomment ce duo l'alliance de la carpe et du lapin. Certes, tous deux communistes, ces deux hommes ont peu de choses en commun : Fabien Roussel, le candidat, est né à Béthune, dans le Pas-de-Calais ouvrier de la fin des années 1960. Il vit dans un pavillon de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) avec sa famille recomposée et ses poules qu'il élève quand son directeur de campagne mène une autre vie : élu dans le quartier bourgeois-bohème du XVIIIe arrondissement, Ian Brossat est un Parisien diplômé de l'ENS Lyon. Les deux hommes s'apprécient et ont les mêmes réflexes, surtout quand il s'agit de s'échanger les éléments de langage et de les diffuser ad nauseam. Le binôme aura réussi à faire émerger une sérieuse candidature communiste, comme il n'en existait plus depuis 2007 sous les couleurs rénovées des "jours heureux" de l'après-guerre.
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Anne Hidalgo

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De l'équipe des maires PS réélus en 2020, c'est Johanna Rolland qu'on aime citer le plus chez les socialistes, mais aussi autour d'Emmanuel Macron. A plusieurs reprises, le chef de l'Etat a sollicité l'héritière de Jean-Marc Ayrault. Edouard Philippe a secrètement espéré la recruter au gouvernement, Jean Castex également, lui proposant, selon Ouest-France, un "grand ministère" qui mêlait éducation, culture et environnement. Ce fut non, par trois fois. Fidèle au PS, elle dira oui à Anne Hidalgo qui lui proposait de diriger une drôle de campagne. Etre l'édile d'une ville de 300 000 habitants en même temps n'est pas une mince affaire. En janvier, devant l'abnégation d'Hidalgo qui frôlait souvent le déni, elle a hésité à quitter l'aventure, s'interrogeant sur son rôle. Ce score si tragique, est-ce vraiment la faute de Johanna Rolland ?
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