Alors que des milliers de personnes affluent aux portes de Paris ce samedi, où la préfecture a interdit toutes manifestations ce week-end, le "Convoi de la liberté" a aussi taillé sa route jusque dans les positions des candidats à l'élection présidentielle. Inspiré du mouvement du même nom de camionneurs canadiens, vent debout contre les restrictions liées à la pandémie de Covid-19, il apparaît plus protéiforme en France. Se mélangent pêle-mêle des réfractaires au passe sanitaire, des "gilets jaunes", des opposants au gouvernement, aussi un noyau de complotistes... Mais à deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, avec comme toile de fond la flambée des prix de l'énergie et une hausse du coût de la vie, les aspirants à l'Elysée - ainsi que locataire actuel - ont réagi au mouvement protestataire.

"Convoi de la honte et de l'égoïsme"

Au sein de l'exécutif, le ton est ferme. Secoué de longs mois par la crise des "gilets jaunes", le président a appelé "au plus grand calme". Dans un entretien à Ouest-France, Emmanuel Macron a dit savoir que "nous sommes tous collectivement fatigués par ce que nous vivons depuis deux ans [...] Et parfois, cette fatigue se traduit aussi par de la colère. Je l'entends et le respecte". Quelques heures avant, le Premier ministre Jean Castex adoptait un ton plus ferme contre un mouvement aux revendications "pas toujours très claires". Il a rappelé que "le droit de manifester et d'avoir une opinion sont un droit constitutionnellement garanti dans notre République et dans notre démocratie. Le droit de bloquer les autres ou d'empêcher d'aller et venir ne l'est pas". Le porte-parole du gouvernement a, lui, mis en garde contre une "tentative d'instrumentalisation" politique du "Convoi de la liberté" que Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, qualifie de "convoi de la honte et de l'égoïsme".

LIRE AUSSI : Qanon, noyautage du convoi de la liberté... Vers une internationale du complotisme ?

Les candidats ou leurs proches ont aussi pris position sur ce mouvement contestataire dont il est encore difficile d'évaluer l'ampleur. Yannick Jadot (EELV) comprend la réaction du gouvernement : "Je ne soutiens pas cette manifestation, en revanche, je soutiens le droit à manifester, mais je comprends parfaitement l'Etat de ne pas vouloir que Paris soit bloqué". De son côté, Christiane Taubira (PRG-PS) "soutient les mouvements sociaux, mais pas n'importe quelle cause".

"Une marque de désespoir et de ras-le-bol"

Marine Le Pen, de son côté, "comprend" la colère des manifestants. "La mondialisation sauvage, sans régulation, fait de notre société des cocottes-minute", remarque la candidate RN, avant d'enjoindre les protestataires à voter à l'élection présidentielle. Le patron des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, voit, lui, d'un bon oeil ce mouvement, y trouvant des sources communes avec ses propres combats. "Voilà des gens qui se mettent en mouvement en parlant de pouvoir d'achat, je ne peux pas être contre ça. Ne croyez pas qu'ils se mettent en voiture à 2 euros le litre par plaisir", disait-il jeudi soir sur France 2. Avant de poursuivre : "Ils disent qu'ils sont contre le passe vaccinal, moi aussi, je ne vais pas leur dire qu'ils ont tort." Mais avant d'apporter un franc soutien, il préfère "voir comment tout cela se met en place".

LIRE AUSSI : Michel Wieviorka : "Les motivations du convoi de la liberté sont avant tout sanitaires"

Philippe Poutou, candidat du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), espère qu'il s'agit d'un "rebond du mouvement des "gilets jaunes" car rien n'a été réglé. La colère est toujours là [...]. On sait aussi qu'il y a une bonne influence de l'extrême droite et de ce qu'on appelle aussi les complotistes et confusionnistes". Sur RMC, le conseiller municipal de Bordeaux a estimé que "le rôle des militants de gauche est d'essayer de faire en sorte que ce mouvement ne se trompe pas d'adversaire".

L'un des plus ferveurs soutient semble être Nicolas Dupont-Aignan, le candidat de Debout la France. "Les Convois de la liberté sont une marque de désespoir et de ras-le-bol et symbolisent l'esprit de résistance face à un harcèlement sanitaire liberticide et inefficace", écrit-il sur Twitter.