Et si le prochain président était un mélange d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, un être en chair numérique et doué d'une intelligence artificielle (IA) ? Un tel candidat n'a rien d'une fiction et se nomme Simones de Gaulléon.

Une équipe de scientifiques de la faculté de sciences sociales et politiques de Lille associée au projet Historic-ia Lab de l'université d'Olenberg (Allemagne), l'ont mis au point. Ils ont été aidés par les designers du collectif France Ultime qui ont conçu et dessiné une Marianne futuriste en 3D (à retrouver sur le site www.simonesdegaulleon2022.fr).

Nourrir une IA d'écrits de grandes personnalités

"A l'origine, il s'agit de faire de la prospective politique sans les contingences actuelles", explique Quentin Descartes, doctorant à Faculté de Lille. D'où l'idée de confier la tâche à un algorithme qui peut ingurgiter un maximum de données et fournir des réponses sans idéologie. Les chercheurs ont d'abord créé un avatar hybride, mélange de quatre personnalités selon des critères précis : le Général de Gaulle pour son progressisme politique, Simone de Beauvoir pour le rayonnement culturel, Napoléon Bonaparte pour la grandeur territoriale et Simone Veil pour la lucidité historique (d'où son nom).

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Cette IA s'est d'abord nourrie des écrits de ces grandes figures. "Puis, on a utilisé une seconde IA qui, elle, s'alimente de façon autonome en piochant sur Internet des données contemporaines (rapports officiels, articles de journaux, tribunes, etc.) autour de grands débats de la présidentielle comme la gouvernance, la qualité de vie, la solidarité ou l'environnement, poursuit Quentin Descartes. Et nous avons confronté les deux qui se répondent un peu comme au tennis, en se renvoyant la balle."

Des propositions surprenantes mais argumentées

Depuis un mois, le fruit de ce match donne lieu à une série de propositions - une soixantaine au total. "Les résultats sont souvent disruptifs, mais toujours argumentés", assure Max Mollon, expert en design fiction, docteur en sciences humaines et enseignant à Sciences Po Paris. Exemple ? En matière de qualité de vie, Simones de Gaulléon propose l'instauration d'un salaire minimum pour une existence de qualité (smeq) fixé au double du smic actuel.

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"L'IA suggère de revenir à un salaire de base à son niveau de 1970, au moment où l'on a assisté à un décrochage entre la distribution des revenus et la production de chaque travailleur", explique Quentin Descartes. De même, elle s'est intéressée aux déchets nucléaires pour conclure que, d'un point de vue éthique, se baser sur la réaction des gens qui vivront dans cent mille ans pour ne pas aller chercher des déchets radioactifs enfouis est bien hasardeux. Elle propose alors de les stocker dans l'espace sur une orbite proche du Soleil.

"Toutes ces propositions se trouvent enrichies sur notre site Internet par les gens qui votent et en fonction des commentaires, via un chatbot avec Simones de Gaulléon, détaille Max Mollon. On assiste à une demande de responsabilités des citoyens qui résonne avec l'idée d'un contrat de confiance et une soif de solidarité." Des échanges entre une IA et des électeurs qui pourraient s'avérer plus prolifiques qu'un débat d'entre-deux-tours.