Y-a-t-il eu une défaillance au niveau de la sécurisation de la rue Nicolas Appert ? Très vite après la terrible attaque à l'arme blanche qui a blessé deux personnes en plein Paris, dans la rue des anciens locaux de Charlie Hebdo, Luc Hermann, co-dirigeant de la société de production Premières lignes qui emploie les deux victimes, a soulevé le problème.

"Il se trouve que depuis le démarrage du procès de Charlie Hebdo (début septembre, Ndlr), il n'y a eu absolument aucune sécurité de cette rue et de cet immeuble symbolique", a-t-il déploré sur BFMTV. Il assure que des patrouilles régulières avaient lieu depuis 2015 mais pas de sécurisation spécifique de cette rue. Et explique avoir interpellé après le drame les autorités à ce sujet, que ce soit le Premier ministre, le ministre de l'Intérieur ou le préfet de police.

Garde statique devant les nouveaux locaux de Charlie

Du côté de la préfecture de police de Paris, on se défend néanmoins de tout manquement. "Les locaux de la rue Nicolas Appert ne sont plus occupés par Charlie Hebdo depuis 2015, explique-t-on. Ils avaient fait l'objet de mesures de surveillance pendant plusieurs mois après les attentats. L'ancien immeuble de Charlie Hebdo ne faisait l'objet d'aucune menace connue et les sociétés qui sont actuellement hébergées n'ont fait état d'aucune menace à l'encontre de leur personnel." Des éléments que l'enquête du parquet national antiterroriste aura à charge de démontrer alors que l'auteur principal des faits, ainsi qu'un deuxième homme, ont été interpellés et placés en garde à vue.

La préfecture rappelle que l'actuel siège du journal satirique fait l'objet d'une "sécurisation renforcée avec garde statique depuis le début du procès" avec une "réévaluation régulière" du dispositif. Le journal n'occupe plus les locaux du 11e arrondissement de Paris mais une adresse tenue secrète pour des raisons évidentes de sécurité, alors que Charlie Hebdo a de nouveau été menacé ce mois-ci par Al Qaïda après avoir republié les caricatures de Mahomet.

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Fabrice Nicoloni, journaliste de l'hebdomadaire et survivant de l'attentat, a décrit le 9 septembre devant la cour d'assises spéciale ce à quoi ressemble ces lieux hypersécurisés : "Il y a une première porte métallique, un premier sas, puis une deuxième porte métallique, puis une cour, avec un système de rayons X comme à l'aéroport. Puis une troisième porte, un nouveau sas, et une quatrième porte. C'est bourré de flics surarmés, avis aux amateurs. Puis il y a un ascenseur, une cinquième porte épaisse, qu'on a du mal à ouvrir, une sixième porte pareille. On entre dans "Charlie", on passe devant un agent de sécurité, et là, faut s'asseoir à une table et se mettre à rigoler parce que "Charlie" est un journal rigolo."