Emmanuel Macron n'a pas mâché ses mots mercredi à Washington. Au premier jour d'un voyage officiel devant célébrer l'amitié franco-américaine, le président français s'est voulu "direct", fustigeant les subventions prévues dans le grand plan climat de Joe Biden, qui favorisent les produits "made in USA" face aux biens importés d'Europe et de France.
"C'est super agressif pour nos entreprises", a souligné Emmanuel Macron, lors d'un déjeuner sur les enjeux climatiques et la biodiversité organisé au Congrès en faisant référence au programme massif de soutien à la transition énergétique voulu par le président américain, baptisé "Inflation Reduction Act" (IRA). Axé principalement sur le climat et les dépenses sociales, le plan prévoit plus de 430 milliards de dollars d'investissement dont 370 milliards afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% d'ici à 2030, soit le plus important effort jamais consenti par les Etats-Unis dans ce domaine.
De généreuses subventions doivent ainsi être accordées aux entreprises produisant notamment des véhicules électriques, batteries ou énergies renouvelables, à condition qu'ils soient fabriqués sur le territoire américain.
"Des choix qui vont fragmenter l'Occident"
"Je ne veux pas devenir un marché pour les produits américains parce que j'ai exactement les mêmes produits que vous. J'ai une classe moyenne (qui doit) travailler et des gens qui doivent trouver du boulot. Et la conséquence de l'IRA est que vous allez peut-être régler votre problème mais vous allez aggraver le mien. Je suis navré d'être aussi direct", a-t-il ajouté en faisant référence à la situation économique difficile en Europe, sur fond de guerre en Ukraine, d'inflation galopante et de crise énergétique.
Soulignant que l'alliance avec les Etats-Unis était "plus forte que tout", il a cependant mis en garde contre le "risque" que "l'Europe et la France deviennent une sorte de variable d'ajustement" de la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine, les deux premières puissances mondiales. "Les choix faits, dont je partage les objectifs, en particulier l'IRA, sont des choix qui vont fragmenter l'Occident", a-t-il insisté lors d'un discours devant la communauté française à l'ambassade de France à Washington.
La France voit avec inquiétude le patriotisme économique décomplexé dont fait preuve le président démocrate américain, qui s'est donné pour mot d'ordre "Made in USA". La loi qui entrera en vigueur le 1er janvier 2023 fait craindre à Paris et Bruxelles une grande vague de délocalisations d'industries. Le président français a indiqué qu'il ne "croyait pas une seconde" à une volte-face américaine sur cette législation mais a plaidé pour une meilleure synchronisation entre les Etats-Unis et l'Europe.
Chine et Ukraine au programme
La porte-parole de Joe Biden, Karine Jean-Pierre, a elle répété la position de Washington, à savoir que cet "Inflation Reduction Act" crée "des opportunités significatives pour les entreprises européennes et pour la sécurité énergétique européenne. Ce n'est pas un jeu à somme nulle". La visite d'Etat d'Emmanuel Macron, premier dirigeant étranger à qui Joe Biden réserve cet honneur diplomatique, s'est poursuivie sur un ton plus solennel. Outre la question du protectionnisme commercial, les deux dirigeants devraient aussi discuter jeudi des grands sujets internationaux, Chine et Ukraine en tête de liste.
Suite à son échange franc avec les élus du Congrès, le chef de l'Etat s'est rendu au cimetière national d'Arlington où il a déposé une gerbe sur la tombe du soldat inconnu et une rose blanche sur la sépulture de Pierre Charles L'Enfant, l'architecte français qui a dessiné les plans de la capitale américaine.
Après une réunion sur le nucléaire civil et une rencontre avec la communauté française, Emmanuel et Brigitte Macron ont rencontré Joe et Jill Biden pour un dîner se voulant intime, loin du faste protocolaire que va déployer jeudi la Maison-Blanche pour le président français, entre coups de canon, réunion dans le Bureau Ovale et dîner de gala.
