Cela devait être un des actes fondateurs du "changement de méthode". Ce jeudi, Emmanuel Macron va lancer le "Conseil national de la refondation". Un organe censé regrouper tous les acteurs publics autour de quatre grands thèmes de réflexion de long terme : "le plein-emploi, l'école, la santé, le bien-vieillir et la transition écologique", selon Élisabeth Borne, qui en a récemment précisé les contours. Le Haut-Commissaire au Plan et principal allié de LREM François Bayrou (MoDem) en sera le secrétaire général.

Mais encore faut-il qu'il y ait du monde, pour "refonder". La Première ministre assure que l'événement "rassemblera une cinquantaine d'acteurs représentatifs de la société et des experts pour éclairer le débat", comme la présidente du Haut-Conseil pour le climat, le Premier président de la Cour des comptes et le gouverneur de la Banque de France. Mais certaines tentatives pour excaver des volontaires, surtout dans le champ politique en dehors de la macronie, ont été réduites en poussière. Pas question, à l'instar de Jean-Luc Mélenchon, de participer à la "saison 2 du grand blabla".

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Ainsi, durant l'été, de nombreux participants de poids ont fustigé cet "objet politique non identifié", selon l'expression consacrée par le sénateur PS Patrick Kanner. Le président (LR) du Sénat Gérard Larcher s'est inscrit en tête de cette liste, en signifiant son refus par lettre, appelant même le chef de l'État au "respect des prérogatives institutionnelles de chacun". Du Rassemblement national à La France insoumise en passant par Les Républicains, les socialistes, les écologistes et les communistes, aucun parti d'opposition ne souhaite participer au rendez-vous inaugural.

"La porte restera ouverte"

Beaucoup, y voient une tentative d'outrepasser le Parlement, et la fragile majorité d'Emmanuel Macron. A l'instar de Jordan Bardella, le président par intérim du RN : "Depuis que l'Assemblée nationale est à l'image de la société française (...), le gouvernement essaie de chercher des lieux de discussion, des agoras alternatives", a-t-il dénoncé sur BFMTV ce dimanche. " Le domaine de la loi" doit rester "l'exclusive du Parlement", s'est enquise la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (Renaissance) tout en approuvant cette "instance de dialogue".

D'autres, comme Julien Bayou, le secrétaire national d'Europe Écologie - Les Verts, doutent des résultats de l'initiative. "Cette nouvelle méthode semble en décalage complet avec le secret du conseil de défense (et) les contributions du Grand débat ont été ignorées (...), les propositions de la Convention citoyenne sur le Climat enterrées", écrit-il dans une lettre à Emmanuel Macron, rendue publique le 31 août dernier. Ce dernier accuse le président de tenir un cap "brouillon". "Si c'est simplement une mise en scène, ça n'a aucun intérêt", a renchéri Olivier Fort, le premier secrétaire du Parti socialiste, ce dimanche sur France Inter.

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Quelques jours plus tôt sur France Inter, Élisabeth Borne avait regretté cette posture : "Je trouve un peu paradoxal de refuser la discussion. C'est important que l'on puisse partager les diagnostics, discuter des objectifs", autour des "défis considérables" de la période actuelle. La Première ministre promet que "la porte restera ouverte". Pourront donc s'y engouffrer, s'ils changent d'avis au dernier moment, les représentants de Territoires Unis, l'association qui fédère les Associations des maires (AMF), des départements et des régions, la CGT, ou encore Edouard Philippe, retenu au congrès des villes Patrimoine mondial de l'Unesco... Bonne nouvelle pour les organisateurs, la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC entendent participer à cette initiative qui répond à leur souhait d'un dialogue plus nourri entre les partenaires sociaux et le gouvernement.

A quelques jours de l'ouverture, les proches de l'exécutif y croient encore, du moins en façade. "J'ai toujours défendu cette idée selon laquelle il faut trouver des zones de consensus pour faire avancer un certain nombre de diagnostics qui n'avancent jamais", a expliqué François Bayrou, se disant "prêt à aider par tous les moyens pour garantir la bonne tenue de cette démarche et pour que personne ne se sente instrumentalisé". Des citoyens devaient également être tirés au sort pour participer. Mais depuis juin, l'idée n'a pas été confirmée. La refondation est encore en chantier.