D'une rue à l'autre, toujours ce bourdonnement. Celui des pelleteuses qui tentent d'effacer les stigmates de cette guerre qui a ravagé Raqqa. Les palais millénaires de cette cité millénaire, autrefois surnommée "la perle de l'Euphrate", s'écroulent et les vestiges historiques se fondent dans les débris.
Baptisée "Colère de l'Euphrate", la bataille pour reconquérir la ville de Raqqa a duré cinq mois. Durant les dernières semaines, la Coalition internationale menée par les Américains a intensifié ses frappes aériennes afin de faire reculer les positions djihadistes. Une opération efficace mais violente pour les derniers habitants, utilisés comme des boucliers humains par les djihadistes. Selon Airwar, une organisation indépendante, une bombe s'abattait sur la ville toutes les 8 minutes. Et ce, de jour comme de nuit. Des milliers de frappes aériennes qui ont ravagé les immeubles mais aussi les infrastructures : 80% de la ville aurait été détruite, estime Amnesty International.
Mines toujours cachées
Après la libération, la paix n'est pas revenue immédiatement. Pendant plusieurs mois, les démineurs ont inspecté les rues et toutes les maisons dans lesquelles les djihadistes auraient pu laisser des bombes. Un travail de fourmi qui a permis à plusieurs milliers habitants de rentrer chez eux. Restent encore quelques mines cachées dans les cavités ou les anciens tunnels et qui explosent quand les pelles mécaniques les mettent à jour.
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Ne se sentant pas en sécurité, de nombreuses familles préfèrent attendre dans les camps de déplacés au nord de la ville que la situation se stabilise et que la reconstruction démarre vraiment. Bouchra a 26 ans, sa famille est l'une des rares qui a pu remettre en état sa maison au centre-ville de Raqqa. Mais ils manquent encore de tout : "Aujourd'hui, nous avons besoin d'eau potable et d'électricité. C'est le service minimum dans les autres villes de Syrie, mais plus ici, depuis la guerre". Dans les rues, les magasins rouvrent petit à petit. Souvent, les étages au-dessus sont encore délabrés, l'immeuble menaçant de s'effondrer. En l'absence d'électricité, certains s'installent sur le trottoir, devant leur boutique.
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Ahmad Abdulkader travaille pour "Hope Team" une ONG syrienne basée à Raqqa et spécialisée dans la rééducation des victimes du conflit. Il se désespère face à l'absence de prise en charge des blessés de guerre. "Tous ceux qui ont été blessés dans des frappes aériennes doivent quitter la région pour aller se faire soigner, la plupart traversent la frontière et partent au Kurdistan irakien". Le problème est le même pour les maladies chroniques, les diabétiques, les malades du cancer. L'hôpital général de Raqqa a été remis en état, mais il manque encore cruellement de moyens. "Nous avons demandé aux ONG internationales de nous aider, mais pour le moment nous n'avons pas reçu grand-chose", déplore encore Ahmad Abdulkadder. Comme lui, Bachar Alkaraf l'un des fondateurs d'une autre ONG syrienne, "Oxygen", ne cache pas non plus son agacement. "J'espère que la coalition mettra un jour autant d'énergie pour reconstruire Raqqa qu'elle en a mis pour la libérer. Notre ville est totalement détruite par cette guerre contre le terrorisme."
