"Silence ! Silence pour la France !" Ce "cri du coeur" est signé Jean-Philippe Tanguy, député Rassemblement national de la Somme, et n° 2 du groupe à l'Assemblée nationale. Alors que s'achèvent, ce vendredi 22 juillet au petit matin, les discussions sur le projet de loi pouvoir d'achat, les députés RN se frottent les mains. Entamé lundi, son examen a tourné au pugilat et à un débat chaotique qui s'est envenimé autour des questions énergétiques. Donnant une nouvelle fois l'occasion aux frontistes de s'installer dans le beau rôle de l'opposition raisonnable. "C'était assez inadmissible d'observer ces députés de la gauche hurlant, leurs cris résonnent encore dans ma tête", assure le député RN de l'Aisne Nicolas Dragon. Et d'ajouter, surjouant le contraste : "Nous ne sommes pas là pour faire sauter les institutions de la Ve République. Il y a des institutions, il faut les respecter, il y a un certain nombre de choses qu'on peut faire, d'autres qu'on ne peut pas faire, et eux se permettent tout." Comprendre : au Rassemblement national, c'en est fini du bruit et de la fureur.

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Les 89 députés le savent : le projet de loi pouvoir d'achat constitue pour eux un baptême du feu. "Nous sommes très attendus sur ce sujet par les Français", assurait encore Edwige Diaz, élue en Gironde. Et pour crédibiliser son poids parlementaire, le parti à la flamme nationaliste entend opposer le réel au dogmatisme. Jeudi 22 juillet, 8h20, l'invité politique, sur France Inter. "Nous mettons le gouvernement face à ses tabous, notamment celui des salaires, mais ce n'est pas parce qu'on n'a pas tout ce qu'on veut qu'on doit priver les Français du peu que les macronistes veulent bien leur accorder." La déclaration est signée du député RN Jean-Philippe Tanguy. La ligne de crête est étroite : il s'agit de revêtir les habits de l'opposition modérée, sans pour autant passer pour le marchepied de la majorité. Une faille déjà investie par la gauche. Dans l'hémicycle, au cours des débats, le député de La France insoumise du Nord Adrien Quatennens a qualifié Marine Le Pen de "digne alliée de la Macronie", tandis que cette dernière a voté contre la proposition d'augmenter le Smic à 1 500 euros.

"Même Marine Le Pen, d'habitude elle est nulle, mais là elle a fait ses devoirs"

D'une main, le RN balaie la critique. "Cette proposition est irréaliste et irresponsable, rétorque Alexandre Loubet, député de la Moselle et vice-président du groupe. Cette augmentation du Smic alimenterait la hausse de l'inflation, or nous sommes déjà dans une boucle inflationniste. En plus, ça ne se répercuterait pas sur les classes moyennes, voire ça les appauvrirait en alimentant l'inflation. Bref, les Nupes sont soit démagogues, soit incompétents." Nicolas Dragon ajoute : "Si la majorité dit que le ciel est bleu, on ne va pas dire le contraire simplement par posture. On a voté un texte, parce qu'il servait les intérêts des Français, et c'est ce qui compte pour nous." En bref, calmer les effets d'annonce pour mieux camper le camp de la raison. Et à ceux qui leur reprocheraient de jouer le jeu de la majorité, le RN renvoie un argument bien rodé : "La France insoumise s'agite pour tenter de faire oublier qu'elle a fait élire Emmanuel Macron."

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Face à cette stratégie, et à l'arrivée massive des frontistes, la majorité, elle, est désarçonnée. Les votes du RN ont le double effet néfaste d'alimenter l'argumentaire des oppositions, tout en servant la stratégie de crédibilisation des députés RN. Face à ce phénomène, le gouvernement ignore quelle position adopter. "Partout dans les territoires, l'extrême droite monte quand on les méprise, ou quand on essaie de leur faire comprendre qu'ils n'ont pas le droit de cité", commente un ministre. Dans l'hémicycle, le RN fait bloc. Chaque prise de parole est méticuleusement préparée, et on envoie au front les meilleurs orateurs.

"Même Marine Le Pen, d'habitude elle est nulle, nulle, nulle, et là, elle a fait ses devoirs, elle veut montrer autre chose, ajoute un membre du gouvernement. Quand elle a pris la parole, notamment la première fois, personne n'a moufté, on était tous comme ça..." mime-t-il, stoïque, les yeux écarquillés. Et un membre de la majorité d'ajouter : "Pour l'instant ils sont au taquet, mais attendons quelques mois, je suis prêt à parier que cet acharnement au travail va vite se dissiper..."