Depuis qu'il a quitté le gouvernement en 2014, Benoît Hamon n'a eu de cesse de taper sur l'exécutif. Mais il va devoir arrêter et vanter son bilan s'il veut espérer réunir la famille socialiste. C'est très clairement le message que les ministres ont fait passer ce lundi au tout frais candidat PS à la présidentielle.

La gauche "ne réussira pas sans assumer le bilan du quinquennat", met en garde le Premier ministre sur le perron de Matignon, après une rencontre avec Benoît Hamon. Bernard Cazeneuve le dit "clairement et nettement": la gauche ne pourra gagner la présidentielle que si elle est "fière de ce qu'elle a accompli". Et de liste aussitôt le compte personnel d'activité, le mariage pour tous, la généralisation du tiers payant, la COP 21...

"Il faut que Hamon arrête les invectives"

Si le chef du gouvernement insiste autant sur la valorisation du bilan, c'est que plusieurs ministres ont exprimé lundi matin le malaise face aux critiques de leur action, perçues comme injustes, par Benoît Hamon. Tour à tour, les ministres vallsistes se sont exprimés - Jean-Yves Le Drian, Jean-Marie Le Guen, Laurence Rossignol, Juliette Méadel - pour exiger "le respect" de la part du vainqueur de la primaire de la gauche. Un message que devrait rappeler dès mardi François Hollande qui, selon RMC, devrait également rencontrer Benoît Hamon.

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"Il faut que Hamon arrête les invectives", confie à L'Express l'un des membres du gouvernement. Car les propos tenus par ses porte-parole dimanche soir ne sont pas de nature à rassurer les membres du gouvernement. "Ils ont repris à leur compte le terme de 'dégagisme' de Mélenchon. Il faut que Hamon signe la fin de la récré et que son équipe fasse preuve de plus de maturité et de consensus." Et ne dites pas à ce ministre proche de Valls que le candidat a explicitement appelé dimanche soir à "rassembler les forces de la gauche et écologistes", citant "en particulier" le candidat EELV Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. "Ça ne pourra pas se terminer par une fusion de toutes s gauches", met-il en garde. "Il faut rassembler les électeurs PS qui ont voté Hollande et qui ne croient pas au Grand Soir. La balle est désormais dans le camp Hamon."

"Des preuves d'amour avant la Saint-Valentin!"

Contraint à une équation compliquée, Benoît Hamon assure qu'il s'enrichira "des uns et des autres" mais prévient aussitôt: "Je maintiendrai le cap de ce que j'ai dit, il n'y a pas un programme pour les primaires et un programme pour les présidentielles, et j'en changerais, ce qui serait absolument absurde". Dès dimanche soir, son porte-parole Alexis Bachelay prévenait L'Express que François Hollande ne "serait pas à sa place" dans un meeting de Benoît Hamon au cours de la campagne.

"En politique, il n'y a que des preuves d'amour, lâche à L'Express un autre membre du gouvernement. Il va falloir que Hamon s'y mette avant la Saint-Valentin!" Mais cette ministre avoue qu'il est "extrêmement difficile pour lui de défendre une partie du bilan qu'il a combattu..." "Si déjà il donne des signes de vouloir travailler en commun, ça apaiserait les choses. Personne n'a intérêt à faire ch... l'autre. Il faut trouver un point d'équilibre car le pire est possible." Comprendre une victoire du FN à la présidentielle.

"On va bientôt regretter Hollande et sa synthèse"

Membre du pôle des "Réformateurs" et proche de Manuel Valls, le député du Val d'Oise Philippe Doucet temporise. "Il va falloir être habile mais la route est longue, prenons le temps" pour trouver une base programmatique commune. C'est le message qu'il adressera mardi soir aux vallsistes réunis par leur champion à la Maison de la Chimie. Sans vanter les 32 heures ou la légalisation du cannabis, chers à Benoît Hamon, le député se voit par exemple en mesure de défendre la lutte contre les discriminations ou le deuxième porte-avions, vantés par le candidat.

"On va bientôt regretter Hollande et sa synthèse", bouillonne pourtant une ministre vallsiste qui "n'exclut rien" pour l'avenir. Rejoindre Macron donc, comme l'ont d'ores et déjà annoncé une poignée de députés socialistes? "Je n'ai pas envie de quitter le PS...", répond évasivement ce membre du gouvernement pour qui il existe une autre façon de faire: "planter la campagne."