Alliance ou défiance. Pour le Rassemblement national, la ligne de crête est étroite. Alors que la Première ministre, Elisabeth Borne, a déclaré qu'elle ne sollicitera pas la confiance des parlementaires, ce mercredi, lors de son discours de politique générale, l'opposition s'organise. Dans ses rangs, les députés de la Nupes, qui ont d'ores et déjà annoncé le dépôt d'une motion de défiance. Le parti d'extrême droite, quant à lui, pourtant autoproclamé premier parti d'opposition, verse dans le pas-de-vaguisme. Le vice-président de l'Assemblée nationale et porte-parole du parti, Sébastien Chenu, a fait savoir que les parlementaires frontistes ne s'associeraient pas à cette initiative.
"Les députés d'extrême gauche veulent tout bloquer, tout casser, assurait-il encore, ce mardi, au micro de RTL. Nous, on n'est pas là pour tout bloquer ou tout casser." Comprendre : si guerre des extrêmes il y a, le RN ne sera pas de la partie. Car, pour les nouveaux parlementaires, il est vital, désormais, d'endosser le costume de l'opposition raisonnable. Apaiser, encore, dédiaboliser, toujours. Sur les routes de campagne ou au coeur de l'hémicycle, la stratégie reste la même : faire table rase de la période où l'évocation du Front national soulevait les angoisses populaires et entraînait mécaniquement la mise en place d'un barrage républicain. Il convient donc de prouver, à grand renfort de signaux, que le RN 2022 est respectueux des institutions et prêt à se prêter au jeu démocratique. Et cela exclut tout comportement "extrémiste". "On ne participe pas aux pitreries de la Nupes, lâche le conseiller de Marine Le Pen et eurodéputé Philippe Olivier. Il y a une logique des institutions, Emmanuel Macron a une majorité, il est normal que cette force désigne un Premier ministre, attendons de voir ce que propose ce gouvernement. Mais on ne fait pas une mention de censure dans le seul but de dégommer le Premier ministre, ce n'est pas un jeu."
Cachez cette radicalité que l'on ne saurait voir
Un paradoxe, alors même que le parti de Marine Le Pen, depuis des années, dénonce un "système" à abattre, un fonctionnement d'État à réformer. Le voilà qui, un orteil à peine dans l'Assemblée, se prend à jouer les modérés. "Les gens attendent de nous qu'on propose du concret, pas un discours qui n'intéresse personne", se défend le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy. Car le RN, plus que jamais, doit prouver qu'il peut intégrer le cercle fermé des partis de gouvernement, et proposer une alternance crédible. "Nous nous distinguons depuis 2017, assure Philippe Olivier. Résultat : le corps électoral nous suit, et nous prend pour des gens sérieux." Cachez cette radicalité que l'on ne saurait voir. "La politique ce n'est pas du bowling, c'est un jeu d'échecs, c'est plus subtil, et à la fin il faut prendre le roi, conclut Philippe Olivier. La Nupes joue au bowling et nous aux échecs." Attention, prévient toutefois un fin connaisseur des rouages frontistes: "Pour l'instant, la stratégie de la cravate suffit à camoufler les députés arrivés là par hasard qui ne sont pas en mesure de rédiger un texte législatif correct. Mais jusqu'à quand vont-ils pouvoir faire illusion ?"
