La gauche met le cap sur les élections législatives et s'unit pour aller chercher une large victoire. Les deux partis la France insoumise (LFI) et Europe écologie-Les Verts (EELV) ont conclu dans la nuit de dimanche à lundi 2 mai un accord historique pour les élections de juin, tandis que les négociations avancent avec le PS et le PCF. C'est l'apothéose d'un 1er-Mai où les partis de gauche se sont croisés dans le défilé parisien, dans une ambiance bon enfant rarement vue entre des partis qui se sont beaucoup disputés ces dernières années.

Le Conseil fédéral d'EELV a validé l'accord négocié au cours des deux dernières semaines, par 84 voix pour, 10 contre, 8 bulletins blancs et une personne qui n'a pas participé au vote. Cet accord attribue notamment 100 circonscriptions pour le pôle écologiste, selon des sources proches des négociations.

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Si l'on excepte le mouvement Génération.s, qui a signé un accord avec LFI dès jeudi, les négociations entre LFI et EELV étaient les plus avancées des discussions bilatérales engagées par les Insoumis avec chacune des forces de gauche, après les 22% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle.

La mise en place d'une "véritable planification écologique"

Le week-end a permis de faire les derniers compromis, autour du rapport à l'Europe ("désobéissance" mais seulement à certaines règles économiques et budgétaires si besoin), ou sur le partage des circonscriptions, sujets les plus âprement débattus. Plusieurs propositions sont revendiquées d'une même voix comme "la hausse du SMIC à 1400 euros, le retour à la retraite à 60 ans pour toutes et tous, la garantie d'autonomie pour les jeunes, le blocage des prix sur les produits de première nécessité et l'éradication de la pauvreté", selon le communiqué.

Les partis se sont également mis d'accord pour "la mise en place d'une véritable planification écologique par l'application d'une règle verte (ou d'une règle d'or climatique) pour répondre à l'urgence climatique et environnementale" et l'instauration d'une VIe République, comme LFI le défend depuis 2012. En cas de majorité à l'Assemblée nationale, "le Premier ministre serait issu du plus grand groupe à l'Assemblée, soit Jean-Luc Mélenchon", stipule l'accord.

Pour remporter le plus de sièges possible à l'Assemblée, les deux partis souhaitent "fédérer sur la base d'un programme ambitieux, toutes les forces qui le partagent, en respectant leur pluralité et leur autonomie, écrivent-ils dans leur communiqué. Pour la clarté, nous souhaitons le faire autour d'une bannière commune 'Nouvelle union populaire écologique et sociale' (...) La majorité pluraliste que nous voulons constituer se dotera d'un intergroupe pour compléter et poursuivre après l'élection ce travail commun."

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Car les négociations n'ont pas été un long fleuve tranquille. Encore mercredi 27 avril le chef des écologistes Julien Bayou taclait les négociateurs insoumis jugés trop durs en affaire en conférence de presse. De leur côté, les Insoumis pointaient les "divergences internes" supposées d'EELV. L'aboutissement de l'accord est historique. LFI et EELV constituent les deux forces de gauche en dynamique depuis plusieurs années, la première aux élections présidentielles de 2017 et 2022, la seconde lors des élections intermédiaires depuis les européennes de 2019. Un accord de LFI avec le Parti socialiste serait tout aussi historique, tant la brouille était profonde depuis le départ de Jean-Luc Mélenchon du PS, en 2008. Mais il devra attendre. Les négociations ont commencé plus tardivement et se poursuivent.

Les négociations toujours en cours avec le PS

"Si les discussions ne se finissent pas cette nuit, alors ça ne se terminera jamais", avait lancé dimanche dans le défilé parisien de la Fête du Travail Jean-Luc Mélenchon. "Ça avance, soyez certains que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que ça avance", avait assuré le candidat à la présidentielle, acclamé par les manifestants à son arrivée place de la République. "Le sujet, c'est de savoir si, oui ou non, nous nous donnons comme objectif la victoire".

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Un accord dans la nuit ? "Cette nuit, moi, je dors", avait quant à lui répondu à quelques dizaines de mètres de là Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS. "Il n'y a pas de 'deadline', il faut réussir. On voit bien qu'on n'est plus si loin que ça d'un accord. On continuera de parler ce soir." Quelques minutes plus tard, Olivier Faure et Jean-Luc Mélenchon s'étaient serré la main, avant d'engager une brève conversation devant les caméras aux cris d'"Union populaire!" dans la foule.

Mais Olivier Faure négocie avec LFI sous la pression d'une opposition interne de plus en plus véhémente. Son prédécesseur à la tête du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a publié dimanche une lettre ouverte évoquant notamment les velléités de LFI de "sortir des traités européens", ramener la retraite à 60 ans et lancer des "dépenses vertigineuses impraticables", tous points qu'Anne Hidalgo avait vivement critiqués pendant la campagne présidentielle.