Une si régulière érosion. Le rôle pivot des Républicains (LR) dans la nouvelle Assemblée nationale maquille un corps abîmé. 101 députés ont terminé la précédente législature dans le groupe. Seuls 62 ont survécu à la bataille des législatives.

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Cette contraction numérique est aussi géographique : la droite parlementaire a disparu de pans entiers du territoire, comme la façade ouest du pays ou l'Ile-de-France. Inégale répartition. Dix-neuf députés LR sont issus de la seule région Auvergne-Rhône-Alpes, quand seulement deux ont la Nouvelle-Aquitaine comme terre d'élection. Le Grand Est a envoyé neuf députés LR au Palais Bourbon, quand la Bretagne et l'Occitanie en ont offert trois. En Ile-de-France, les électeurs de droite continuent de basculer dans le camp macroniste, tandis que le RN a empoché plusieurs victoires dans le Var ou les Bouches-du-Rhône. "Certains territoires risquent d'être muets, alors que nous devons porter leur voix", redoute une députée. Comme l'Outre-mer, qui ne compte plus qu'un député LR.

Compression géographique

Ce découpage esquisse une interrogation : le groupe LR incarne-t-il encore l'électorat de droite et sa diversité sociologique ? Pas vraiment. LR s'efface des zones urbaines et des grandes agglomérations. "On a une surreprésentation d'élus ruraux. Nous avons besoin d'un prisme davantage urbain à l'Assemblée nationale", note un député.

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Symbole de cette bascule : Paris, qui ne compte plus aucun député de l'héritier du RPR. Ce recul, qui vient de loin, s'est observé lors des dernières municipales de 2020 : la droite y a perdu ses fiefs de Marseille et Bordeaux. La gentrification des centres urbains n'aide pas LR, pas plus que son discours à l'intention des électeurs de droite métropolitains. "Nous devons davantage insister sur certains thèmes comme la question climatique, les transports en commun ou la densité des villes", juge le député des Hauts-de-Seine Philippe Juvin.

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Comme le notait le politologue Jérôme Fourquet dans L'Express, cette compression géographique s'accompagne d'une "rétraction sur le coeur assez droitier de l'ancien électorat de droite". La majorité des députés LR ont été élus dans des terres hostiles au macronisme. Produits de leur sociologie électorale, ils se posent en opposants résolus d'un chef de l'Etat affaibli par son échec aux législatives.

"Logique de territoire"

L'absence de majorité absolue à l'Assemblée donne un écho particulier à la parole des députés LR. Ils ne sont pas de simples opposants, mais détiennent les clefs de la nouvelle législature. Le gouvernement aura besoin de cette soixantaine de survivants pour faire adopter ses réformes. Le ton de ces députés, comme leurs votes, sera scruté de près. "Politiquement, il y a une logique de territoire, admet un député des Hauts-de-France. Nous voulons tous parler avec l'exécutif, mais certains, comme moi, ont besoin de dire qu'ils sont en confrontation totale. Ces nuances sont de forme."

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Cette intransigeance matinée d'esprit de coopération en inquiète certains. En premier lieu, les partisans d'un accord de gouvernement avec Emmanuel Macron, hypothèse balayée depuis des semaines par la direction de LR. Ils craignent que le groupe ne tourne le dos à un électorat modéré, souvent urbain et avide de coopération avec l'exécutif. Une droite peu politisée et en phase avec les inclinaisons libérales d'Emmanuel Macron. S'ils veulent rafler la mise en 2027, les LR devront bien ramener au bercail ces électeurs séduits par le chef de l'Etat. Le groupe LR devra ainsi se bâtir une image positive pendant cinq ans.

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"On risque de passer pour ses sectaires"

"Le groupe est décorrélé de l'électorat de droite moyen", croit un parlementaire. "On risque de passer pour des sectaires, des gens qui font de la vieille politique", ajoute un cadre. Une députée, qui estime qu'il y a "un truc à inventer" dans ce quinquennat, confie sa difficulté à assumer publiquement sa position.

Numéro 3 des Républicains, Aurélien Pradié récuse l'idée d'un décalage entre son groupe et le peuple de droite, aujourd'hui éparpillé aux quatre vents. "L'électorat de droite est celui qui vote à droite. Il a aujourd'hui disparu. Nous devons sortir de l'idée qu'il faut cultiver des rentes et des parts de marché électorales. Quant à la clef idéologique de notre reconstruction, elle ne sera pas tant le groupe que le parti et le champ du débat public."