Prenez une série de catastrophes environnementales. Ajoutez quelques dizaines de rapports du GIEC sur le réchauffement climatique. Faites revenir la "génération climat". Saupoudrez d'un zeste d'effondrement du Parti socialiste. Touillez le tout et mettez au four jusqu'à la prochaine élection présidentielle. A priori, vous devez obtenir un savoureux triomphe pour le candidat écologiste, accompagné de sa farandole de vivats électoraux.

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Yannick Jadot est-il le plus mauvais cuisinier politique que la France ait connu ? Peut-être pas. Après tout, Anne Hidalgo comme Valérie Pécresse ne sont pas mal placées pour lui disputer ce titre. Il n'empêche : en obtenant selon les estimations environ 4,5% des voix, le représentant d'Europe Ecologie Les Verts dans la course à l'Elysée aura gâché une recette qui paraissait immanquable.

Comment expliquer ce raté apparemment paradoxal ? L'actualité internationale a joué un rôle, c'est certain. La guerre en Ukraine a mis en porte-à-faux la culture pacifiste des écologistes tout en rendant l'énergie nucléaire plus attractive. Elle a également orienté les préoccupations des Français vers le prix de l'essence et des denrées alimentaires. Dit autrement : elle a fait passer la fin du mois avant la fin du monde à laquelle Yannick Jadot voulait sensibiliser l'opinion.

Les Verts ont en partie perdu leur singularité

Les Verts ont également rencontré un problème de fond : ils ont en partie perdu leur singularité. Naguère, ils étaient les seuls à porter un discours différent sur l'environnement et le climat, qui les distinguait des discours productivistes entendus à droite comme à gauche. Dès lors que tout le monde se dit aujourd'hui plus ou moins écolo, la valeur ajoutée d'un Jadot a semblé moindre, en premier lieu face à Jean-Luc Mélenchon, qui a nettement verdi son programme.

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Comme si tout cela ne suffisait pas, les écologistes se sont eux-mêmes tiré quelques balles dans le pied. Comme de coutume, leur culture libertaire ne les a pas aidés à briller dans une élection où la personnalisation du pouvoir joue un rôle capital. Un embarras qu'ont traduit les hésitations de Jadot concernant le port de la cravate. N'oublions pas non plus le rôle délétère de Sandrine Rousseau, qui n'a jamais vraiment admis avoir perdu la primaire. Au contraire, forte de ses 49 %, elle n'a cessé de se considérer comme la véritable gagnante et de déstabiliser celui qui l'avait pourtant battue. N'oublions pas enfin le nombre de fois où Jadot a dû dire qu'il ne s'effacerait pas au profit de Christiane Taubira. Avec tout cela, au lieu de faire connaître ses idées, le pauvre candidat a donné l'impression de passer le plus clair de son temps dans cette tambouille politicienne qui révulse tant les Français.

"Le sérieux n'a pas payé"

Les militants ne s'y trompaient d'ailleurs pas dans le QG de campagne installé dans la très branchée Bellevilloise, "lieu de culture, indépendant et multidisciplinaire, installé dans l'ancienne maison du peuple" de l'Est parisien. "Nous avons sans doute commis des erreurs, mais nous avons aussi tenté de faire passer un message difficile : si nous n'agissons pas dans les trois ans qui viennent pour le climat, il sera trop tard. Visiblement, ce n'est pas ce que les Français avaient envie d'entendre", indiquait Fabien, un étudiant de 25 ans. "Dans une campagne qui n'a pas intéressé les Français, nos propositions exigeantes n'ont pas été entendues. Il y a eu une prime à l'outrance et à la flamboyance. Le sérieux n'a pas payé", soulignait Marine Tondelier, l'une des porte-parole de Yannick Jadot. Lequel ne disait pas autre chose dans sa déclaration : "Nous avons porté un projet exigeant, sans cynisme, sans complaisance, mais la campagne a été confisquée", a-t-il regretté. Avant d'appeler à "faire barrage à l'extrême droite " en déposant dans l'urne un bulletin Emmanuel Macron.

Avec tout cela, les écologistes ont perdu leur pari. Forts de leurs bons résultats aux européennes de 2019 (13,5%) et aux municipales de 2020 (victoires à Lyon, à Bordeaux, à Strasbourg, à Besançon, à Poitiers, etc), ils espéraient s'imposer comme le nouveau grand parti de la gauche. Las, les intentions de vote en leur faveur n'ont cessé de suivre une pente descendante, passant des alentours de 10 % à l'automne à 6 % à une semaine du premier tour. C'est au contraire Jean-Luc Mélenchon, le grand rival, qui a su s'imposer dans ce rôle. Logiquement, une partie du "peuple de gauche" a fini par voter utile en choisissant celui qui paraissait le mieux placé.

Et voilà comment on fait retomber un soufflé.