C'est la première femme à occuper cette fonction sous la Ve République : la députée LREM Yaël Braun-Pivet a été élue ce mardi 28 juin présidente de l'Assemblée nationale. Ephémère ministre des Outre-mer et présidente de la commission des Lois au Palais Bourbon sous la précédente législature, celle qui était encore novice en 2017 a été élue au 2e tour par 242 voix, soit la majorité absolue des suffrages exprimés qui était nécessaire.
L'Assemblée "a le visage de la France" et "les Français nous enjoignent de travailler ensemble, de débattre plutôt que de nous battre", alors que les macronistes ne disposent plus de la majorité absolue, a pressé la nouvelle présidente. Elle s'exprimait depuis le perchoir aussitôt après son élection, devant son mari et ses cinq enfants en tribune. "Il faudra que nous soyons dans l'action, dans une action apaisée. Et le rôle du président de l'Assemblée nationale est aussi de maintenir un climat de débat apaisé entre les uns et les autres", a-t-elle insisté ensuite devant la presse.
Le premier tour de scrutin visant à désigner le nouveau titulaire du perchoir à l'Assemblée n'avait pas permis de dégager une majorité absolue des suffrages exprimés. Après le vote un à un des députés à la tribune, le doyen José Gonzalez (RN), 79 ans, a indiqué que sur les 562 votants, il y avait eu 9 bulletins blancs ou nuls, et 553 suffrages exprimés, plaçant la majorité absolue à 277.
Largement en tête, Yaël Braun-Pivet, candidate commune pour LREM, MoDem et Horizons, avait recueilli 238 suffrages, mais pas assez pour l'emporter d'emblée. Elle était suivie de Fatiha Keloua-Hachi (Nupes-PS) avec 146 voix, puis Sébastien Chenu (RN) avec 90 suffrages, Annie Genevard (LR) avec 61 voix et enfin Nathalie Bassire (groupe Libertés, indépendants, outre-mer, territoires) avec 18 voix. Sébastien Chenu s'étant désisté, le second tour, qui avait aussitôt débuté, ne laissait que des candidatures féminines.
"J'ai tenu la barre face aux crises, du terrorisme à la pandémie"
Grande favorite pour devenir la première femme présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet avait été réélue dans la 5e circonscription des Yvelines, à l'issue du second tour des élections législatives le 19 juin, face à la candidate LFI Sophie Thevenet (61,44%). Novice en politique il y a cinq ans, elle a connu des débuts poussifs durant l'affaire Benalla puis a su se faire des alliés, une nécessité dans le chaudron de la nouvelle Assemblée. Aux oppositions, la ministre de 51 ans disait, après la perte de la majorité absolue aux législatives : "Il va falloir que l'on travaille ensemble, il va falloir chercher des majorités d'idées" et "on est tous comptables de cette action collectivement."
Yaël Braun-Pivet a depuis changé de poste, mais pas de mission. Elle a quitté le gouvernement samedi 25 juin, après seulement un mois et cinq jours au ministère des Outre-Mer, ce qui lui a valu la colère de plusieurs élus de ces territoires.
La députée des Yvelines, présidente de la commission des Lois pendant cinq ans, est devenue une figure incontournable du Palais Bourbon. "J'ai tenu la barre face aux crises, du terrorisme à la pandémie", sujets de sa commission, faisait-elle valoir. Elle vantait sa "nouvelle méthode de travail, faite d'écoute" et de "co-construction" y compris avec les oppositions dont elle a su se faire apprécier. Les femmes "doivent réussir en politique sans imiter ou s'adapter à un modèle masculin", juge Yaël Braun-Pivet.
En 2017, la néodéputée avait été choisie pour la commission des Lois, rompant la tradition de nommer une personne expérimentée. Ancienne avocate pénaliste, cette native de Nancy avait mis sa "vocation" entre parenthèses pour suivre son mari, cadre chez L'Oréal, sept ans à Taïwan et au Japon, et élever leurs cinq enfants. De retour, elle s'est investie aux Restos du Coeur, créant des consultations gratuites d'avocats et un centre d'accueil dans les Yvelines.
"C'est pas mon truc d'être chiante et autoritaire"
Ses premiers pas à l'Assemblée lui ont valu un procès "en amateurisme" des oppositions mais aussi d'élus de la majorité. Elle a imprimé ensuite sa marque avec des visites collectives de terrain, notamment dans une trentaine d'établissements pénitentiaires.
A l'été 2018, c'est la douche froide : la commission d'enquête sur l'ex-collaborateur du président de la République, Alexandre Benalla, dont elle est co-rapporteure, a explosé après le retrait de l'opposition. Plusieurs députés ont alors accusé Yaël Braun-Pivet de "protéger" l'Elysée, l'Insoumis Alexis Corbière la qualifiant de "Benalla de l'Assemblée nationale".
Cible de menaces antisémites et d'injures sexistes sur les réseaux sociaux, Yaël Braun-Pivet dira quelques mois après que sa "position était intenable dès le départ". Si ses qualités humaines - "chaleureuse", "pas tordue" - sont saluées, elle se voit parfois reprocher d'être trop "sympa". "C'est pas mon truc d'être chiante et autoritaire", réplique Yaël Braun-Pivet.
Cette descendante de "l'immigration slave, juive polonaise et juive allemande, avec des grands-parents entrés en France avec des visas touristes" dans les années 1930, préfère les débats internes aux bras de fer publics. Opiniâtre, Yaël Braun-Pivet s'est fortement engagée l'année dernière en faveur de la proposition de loi d'Olivier Falorni autorisant l'euthanasie. Elle a aussi cherché à avancer dans la rénovation de la vie démocratique.
La députée ne cachait pas ses ambitions en Macronie, se présentant dès 2018 pour le perchoir avant de retirer sa candidature face à Richard Ferrand qui, avait-elle pourtant dit, "n'incarne pas le renouvellement". "Elle prend sa revanche", glisse une source gouvernementale, alors que Richard Ferrand a été battu dans les urnes.
Son rejet en 2018 de l'inscription du droit à l'avortement dans le préambule de la Constitution l'a rattrapée durant le week-end, après la remise en cause du droit à l'IVG aux Etats-Unis. "Il n'est nul besoin de brandir des peurs" en France, assurait-elle alors. Ses propos ont été abondamment relayés par LFI, en dénonçant un revirement de la majorité, qui vient de proposer une révision constitutionnelle.
