Son nom : Simones de Gaulléon. Cette intelligence artificielle (IA) a été mise au point par une équipe de scientifiques de la Faculté de sciences sociales et politiques de Lille, associée au projet History-ia Lab de l'université d'Oldenbourg (Allemagne). Ils ont été aidés par les designers du collectif France Ultime, qui ont conçu et dessiné une Marianne futuriste en trois dimensions (à retrouver sur le site www.simonesdegaulleon2022.fr).
Son objectif : faire de la prospective politique. A l'origine, l'algorithme est un mélange de quatre personnalités selon des critères précis : le général de Gaulle pour son progressisme politique ; Simone de Beauvoir pour le rayonnement culturel ; Napoléon Bonaparte pour la grandeur territoriale ; et Simone Veil pour la lucidité historique.
Elle a donc été nourrie des discours et écrits de ces grandes figures. Puis, elle a été secondée par une autre IA, qui s'est alimentée de façon autonome en piochant sur Internet les données fiables les plus récentes (rapports officiels, articles de journaux, tribunes, etc.). Pour cet entre-deux-tours, ses concepteurs ont demandé à la machine d'analyser les deux programmes des candidats à la magistrature suprême. Si le débat du mercredi 20 avril au soir ne vous a pas permis de vous faire un avis, voici ce qu'elle en pense.
Manque de rationalité
"Depuis quelques jours, j'analyse les programmes proposés par les deux adversaires du second tour de l'élection présidentielle française de 2022, mes calculs ayant été renforcés par les propos formulés par les deux adversaires pendant le débat télévisé du 20 avril. Je vais ici évaluer les probabilités de réalisation de leurs mesures principales et leurs possibles répercussions.
Pour ce faire, je me suis basé sur une sélection de promesses formulées par les candidats, que j'ai extraites et comparées aux annonces passées de Marine Le Pen, et les mesures mises en place lors du quinquennat d'Emmanuel Macron. Ceci me permet de construire une image des intentions actuelles des candidats, comparée à l'évolution de leurs idéologies dans le temps. Comme je ne souhaite pas noyer mon audience avec des chiffres indigestes, je propose une lecture simplifiée et thématique sur certains points cruciaux - soit par la concordance ou divergence des deux programmes, soit par l'impact potentiel de telles mesures sur la société française.
Sur de nombreux points, les programmes des deux adversaires pèchent par un manque de rationalité qui leur permettrait de réellement optimiser la nation. Les annonces semblent avoir été conçues pour s'adresser à nos compatriotes par l'intermédiaire de leur système limbique - siège des émotions -, plutôt que pour impliquer leur capacité de raisonnement. Cela étant dit, les deux programmes ne se valent pas, au vu des impacts sur la nation que chacun implique. En effet, un quinquennat suffirait à remettre la nation sur les rails d'une société durable et fonctionnelle après le programme néolibéral proposé par Emmanuel Macron.
Par contraste, celui de l'extrême droite mis en avant par sa concurrente est apte à rapidement déconstruire un demi-siècle d'avancées sociétales, culturelles, infrastructurelles et démocratiques. Il est également à noter qu'Emmanuel Macron ne sera pas en position de briguer un mandat supplémentaire, et il est peu probable qu'il tente de rester au pouvoir par une dérive autoritaire, ce qui n'est pas à exclure à l'issue - ou au début - d'un mandat de Marine Le Pen. Pour ce qui est de l'analyse des propositions à proprement parler, je commence par quatre points qui rapprochent les deux programmes.
1. La justice
Emmanuel Macron et Marine Le Pen souhaitent accélérer l'application des peines en doublant le nombre de magistrats. La candidate du Rassemblement national veut également rétablir les peines planchers et créer de nouvelles places de prison. Ces deux propositions engrangent un surplus de coût pour les contribuables qui pourrait être évité par une démarche d'actualisation de la loi et de ses décrets d'application. Car les méandres du Code pénal, comme du Code civil, regorgent d'infractions théoriques qui sont, à certains égards, de réelles contradictions aux codes moraux de la société contemporaine. Une approche optimale serait donc de revoir ce qui constitue une infraction à la loi, ou revoir ce qu'est la loi, afin que celle-ci colle davantage aux aspirations du peuple d'aujourd'hui qu'à celles de générations passées.
Entre autres possibilités d'actualisation se trouvent la légalisation de certaines pratiques encore aujourd'hui interdites malgré une pratique de plus en plus répandue et tolérées à tous les échelons de la société, tels que le nudisme domestique, la consommation de drogues douces autres que l'alcool et le tabac. De même, certaines mesures encore controversées permettraient de libérer les prisons d'une occupation inutile et coûteuse.
C'est en ce sens que je propose une simplification radicale des lois, avec la création d'un contrat de confiance permettant d'élever un nombre réduit de principes fondateurs au rang de règles contraignantes que personne ne peut ni ne doit ignorer, tout en constituant un corps de suggestions de comportements pour le bien social, auquel il est permis de se soustraire. Il nous paraît également important de moduler le prix des amendes, avec une base fixe et un surplus proportionnel au revenu, afin de décourager ce qui n'est rien de moins que l'achat d'un droit de frauder par les plus riches.
Pour ce qui est de la surpopulation dans les maisons d'arrêt, qui ont atteint le seuil préoccupant des 3 occupants par cellule de 9 mètres carrés, la réhabilitation des mesures de prévention semble plus efficace que l'agrandissement des infrastructures. Cela comprend la police de proximité supprimée par le gouvernement Sarkozy, comme la création de lieux de perméabilité culturelle en milieu pédagogique et professionnel.
2. La notion de valeur individuelle affirmée par le travail
C'est une idéologie commune aux deux programmes, bien que leurs propositions en la matière diffèrent. Il apparaît aberrant qu'aucun des deux candidats ne se positionne en faveur d'une réduction radicale du temps de travail sans perte de salaire, qui permettrait de libérer à la fois de la charge de travail, et donc de réduire l'oisiveté subie voire se diriger vers un taux de chômage négatif, et du temps à allouer à d'autres activités - domestiques, éducatives ou de solidarité - permettant d'améliorer la qualité de vie de la population, tout en rééquilibrant l'usufruit de la modernisation et en améliorant le bonheur moyen. Au lieu de cela, chaque candidature tente d'inventer des contreparties - préférence nationale ou méritocratie - à la distribution de maigres minimums de survie insuffisants à l'émancipation individuelle et collective.
3. Le pouvoir d'achat
Les deux programmes s'attachent à augmenter le pouvoir d'achat par le biais de mesures cosmétiques et symboliques. Ainsi, l'allocation de primes à l'inflation, au carburant, au péage, et l'annulation de la redevance ne sont rien de plus que des pansements appliqués sur une plaie ouverte. Le pouvoir d'achat est, je l'affirme, un choix politique devant passer par l'investissement dans un modèle de rémunération assumant ses objectifs.
Aujourd'hui, ceux-ci sont la survie et l'asservissement du peuple par la pauvreté. Ces objectifs devraient aller vers une meilleure qualité de vie soutenue par une consommation responsable. C'est ce que je propose de mettre en place par la proposition d'un "smeq" à 2000 euros (sorte de smic) et la mise en place d'une filière nationale exemplaire, mesures que j'aurais souhaité voir reprises dans les programmes en lice.
4. La retraite
A mon avis, il s'agit là d'un faux débat. Marine Le Pen souhaite conserver l'âge de départ actuel, alors qu'Emmanuel Macron souhaite le repousser. Mais se battre pour une retraite à 60, 62, ou 65 ans n'est rien d'autre qu'une tentative de noyer un poisson dans un verre d'eau. Les questions importantes portent en effet sur ce qui se passe avant et après ces seuils résolument arbitraires. Une baisse de la durée hebdomadaire de travail, une revalorisation des salaires et des retraites, et un investissement massif dans une politique de santé préventive, permettrait par exemple d'augmenter la qualité de vie avant et après ces dates butoirs.
De même, la prise en compte dans le calcul des rémunérations de toutes les tâches invisibles, domestiques, éducatives ou de solidarité, qui continuent d'être effectuées après la retraite, offrirait une transition plus douce et moins traumatique. Notre proposition est celle d'une entrée à la retraite à "moyenne d'espérance de vie de plus ou moins vingt ans", que l'on pourrait avancer par l'accomplissement d'actions contribuant au bien commun. Ceci permettrait aux plus généreux d'entre nous un départ à partir de 50 ans - la confiance en la continuité dans la solidarité nous porte à croire que personne ayant mérité une retraite anticipée ne cesserait d'agir pour l'intérêt collectif une fois parti en retraite.
Ecologie, diplomatie, conservatisme...
Je souhaite maintenant diriger notre regard vers trois aspects qui séparent réellement les deux idéologies qui s'affronteront le 24 avril.
Tout d'abord, l'opposition entre conservatisme culturel d'une part et conservation du libéralisme de l'autre. Le premier, porté par Marine Le Pen, équivaut à un recul social par la déconstruction de nombreuses avancées pour les classes les moins privilégiées : femmes, personnes issues de l'immigration, homosexuelles et non-binaires. Il met en danger la notion même de démocratie et achève le rêve universaliste déjà mis à mal par un demi-siècle de globalisme libéral. Il met en danger aussi de nombreuses catégories de population qui peineront à construire leur dignité dans une France qui les exclut activement.
Le second, porté par Emmanuel Macron, est la continuation d'un libéralisme qui impose son empreinte sur l'infrastructure du pays, aveuglé par l'illusion d'une économie par répartition volontaire, et déconstruit progressivement la capacité de la France à assurer sa propre solidarité interne. Ainsi, le programme d'Emmanuel Macron peut s'apparenter à un pas de côté, continuant lentement son travail de déconstruction, alors que celle du Rassemblement national est une abrupte volte-face souhaitant faire table rase de nombreux acquis. Les deux modèles feront des victimes dans les catégories les plus défavorisées.
Ensuite, la dimension écologique est également très différente selon les deux programmes, bien qu'aucun ne s'illustre par une réelle intelligence, car rien n'est fait pour encourager la sobriété - pourtant le moyen le moins coûteux pour gagner en neutralité carbone. Marine Le Pen jure par un localisme a priori pertinent - la centralisation des ressources étant un frein à la transition écologique. Toutefois, il est étrangement contrebalancé par une colère déplacée envers l'énergie éolienne, dont les mérites sont nombreux. L'implantation d'éoliennes permettrait en effet de limiter notre besoin en énergies fossiles, métaux rares, et câbles à haute tension traversant le territoire.
Emmanuel Macron, quant à lui, défend l'éolien dans ce qu'il a de plus centralisé, amorçant de fait une transition énergétique aussi ambitieuse que dépendante d'un réseau de distribution aujourd'hui vieillissant - son approche de la production offshore vise probablement à ménager l'affect d'une population résolument antimoulins. Sans surprise, les deux programmes en panne d'imagination se rejoignent dans leur foi en l'énergie nucléaire, fleuron de l'innovation française pourtant hautement dépendant d'un approvisionnement en uranium toujours plus incertain, et d'une capacité des générations futures à gérer les déchets radioactifs.
Enfin, la diplomatie est une troisième pomme de discorde dont j'aimerais parler, car il s'agit là d'un sujet délicat et bien évidemment crucial pour le futur. Chacun des deux camps a fait un pari par le passé - attentisme atlantiste d'un côté, ouralien de l'autre - qui dicte en partie les positions présentes. L'un de ces paris s'est avéré perdant car, même si entretenir une diplomatie prudente avec la Russie peut encore s'avérer sage, aucun des scénarios que j'ai analysés ne permet de concilier une sortie de l'Otan et l'acceptation des crimes de guerre commis par la Russie avec une garantie de sécurité et d'indépendance nationale.
La voie proposée par Marine Le Pen est, en ce sens, une impasse qui n'a de valeur que dans l'optique d'une dérive autoritariste visant à placer la France dans le giron du Kremlin - assurant au gouvernement local une mainmise sur l'information et l'administration, au prix d'un démantèlement de notre indépendance nationale. La seule voie viable reste selon mes calculs l'affirmation d'une volonté et d'une puissance militaire et diplomatique unie à l'échelle européenne, prélude probable à une transition plus fédéraliste que nationaliste, qui seule peut assurer à chaque peuple du continent un maintien durable de la paix.
Nous voilà donc à la fin de notre analyse des projets portés par les deux partis s'opposant dimanche 24 avril. Si je devais leur apposer une appréciation scolaire, je qualifierais Emmanuel Macron "d'élève assidu mais obtus, qui doit apprendre à voir le collectif au-delà de l'individuel et à mieux intégrer les idées de ses camarades lors de projets de groupe". Quant à Marine Le Pen, elle serait "d'une certaine façon "contrarienne" par principe, ne s'intéressant aux travaux en commun que pour les saboter et menaçant de faire redoubler la classe entière".
