C'est l'une des grandes échéances judiciaires de cette année 2020. Le procès aux assises des attentats de janvier 2015, à la rédaction de Charlie Hebdo et à l'Hyper Cacher, devait initialement s'ouvrir le 4 mai prochain au tribunal de Paris et se tenir jusqu'au 10 juillet. Mais il va finalement être reporté, selon nos informations.
Cette décision résulte de la crise sanitaire sans précédent causée par le coronavirus qui oblige le pays en général et la justice en particulier à tourner au ralenti depuis l'annonce du confinement. "Il n'est pas envisageable (...) de réunir la cour, l'ensemble des parties, les témoins et experts judiciaires dans des conditions sanitaires suffisamment satisfaisantes alors même que les débats doivent se prolonger durant plusieurs semaines", peut-on lire dans l'ordonnance de renvoi signée du président de la cour d'assises et datée du 25 mars. Aucune nouvelle date n'a à ce jour encore été actée.
Le calendrier judiciaire est profondément bouleversé depuis une dizaine de jours par le Covid-19. D'autres procès emblématiques ont déjà dû être repoussés, à l'image du Mediator (déjà entamé) ou de celui de Joël Le Scouarnec, ce chirurgien soupçonné de centaines de viols et agressions sexuelles.
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Selon nos informations, dans le cas des attentats de 2015, 102 témoins et 14 experts avaient d'ores et déjà été convoqués pour ce procès fleuve, dont les audiences devaient être filmées. Parmi eux, une petite quinzaine de policiers antiterroristes, membres de la sous-direction antiterroriste (SDAT), de la section antiterroriste (SAT) de la Brigade criminelle ou à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). La plupart sont désignés par de simples matricules sur la liste des témoins dont les parties ont eu connaissance, afin de protéger leur anonymat. Dix enquêteurs de personnalité et de nombreux proches des quatorze suspects, soupçonnés à des degrés divers de soutien logistique aux frères Chérif et Saïd Kouachi et Amedy Coulibaly figurent également sur cette liste.
Trois complices absents
Les auteurs des attaques qui ont fait 17 morts à la rédaction de Charlie Hebdo, à Montrouge et au supermarché parisien Hyper Cacher, ont été tués le 9 janvier 2015 dans un assaut des forces de l'ordre. Outre les trois principaux protagonistes, trois autres accusés de premier plan seront également absents. Et pour cause. Visés par des mandats d'arrêt, Hayat Boumeddiene, la compagne d'Amedy Coulibaly, et les frères Mohamed et Mehdi Belhoucine, sont en fuite et présumés morts sur la zone irako-syrienne. Mais sans preuve formelle de leur décès, la justice française va quand même les juger.
Les onze autres accusés qui seront présents dans le box sont soupçonnés à des degrés divers de soutien logistique aux frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Un seul individu, Ali Riza Polat, 33 ans, sera jugé pour "complicité de crimes": vieille connaissance de Coulibaly, il est suspecté d'avoir aidé les trois terroristes à se procurer des armes.
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Les magistrats du pôle antiterroriste du tribunal de Paris poursuivent dans une enquête distincte des investigations sur les soutiens dont ont bénéficié les frères Kouachi depuis le Yémen, où l'un d'eux s'était rendu en 2011. L'attaque visant Charlie Hebdo avait en effet été revendiquée du Yémen par Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), dont un cadre proche des Kouachi, Peter Cherif, a été arrêté le 16 décembre à Djibouti et remis à la France. Il a été mis en examen dans ce volet en juillet, mais sa possible implication ne sera pas examinée lors de ce procès.
Trois ans après l'attentat dans une école juive et contre des militaires perpétré par Mohammed Mérah, les attaques de janvier 2015 avaient signé le début d'une vague terroriste sans précédent sur le sol français.
